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Et si le président de Volkswagen limogé payait sa marche forcée vers l'électricité ?

Dans Economie / Politique / Personnalités

Michel Holtz

L'éviction du tout-puissant patron du groupe VW en plein cœur de l'été est rapide, mais pas surprenante. Si Herbert Diess quitte l'entreprise, officiellement d'"un commun accord", personne n'est dupe : il est limogé en raison de son autoritarisme et de la marche forcée qu'il a imposée pour faire basculer l'entreprise dans le tout électrique.

Herbert Diess, à gauche, aux côtés de celui qui lui succède : Oliver Blume.
Herbert Diess, à gauche, aux côtés de celui qui lui succède : Oliver Blume.

C'est la surprise du vendredi. Dans un communiqué pour le moins laconique, et sans prévenir, le conseil de surveillance du Volkswagen "introduit le changement de génération et remercie Herbert Diess pour ses grandes réalisations dans le cadre de la transformation du Groupe". Merci et bon vent.

Voilà une méthode pour le moins abrupte pour le premier constructeur mondial, mais aussi la première entreprise allemande, forte de 250 milliards d'euros de chiffre d'affaires annuel, et d'un effectif de 660 000 salariés. Une méthode abrupte ? C'est justement ce que les représentants des actionnaires et du personnel semblent reprocher au PDG en lui montrant la porte de sortie.

Le Nord contre le Sud

C'est que l'homme est un tantinet autoritaire. "Pour tout dire, il est Bavarois", explique un cadre de la maison. Une manière de définir le caractère intransigeant de Diess qui serait courante, si l'on en croit ce col blanc, dans ce Land du sud de l'Allemagne. Et chez Volkswagen on est, par tradition, plutôt du Nord ou la gouvernance serait plus horizontale, forgée par des années de négociations, contrairement au management sudiste et vertical. D'ailleurs, Oliver Blume actuellement à la tête de Porsche, et qui remplace le PDG débarqué est originaire de Braunschweig, en Basse-Saxe, dans le nord-ouest de l'Allemagne. Mais Diess n'est pas le premier patron autoritaire de la maison et les plus anciens se souviennent encore du caractère trempé de l'emblématique boss de VW Ferdinand Piech.

Mais contrairement au fort caractère de son lointain prédécesseur, jamais dévoilé à l'extérieur, l'autoritarisme de Diess, connu en interne depuis son arrivée à la tête de VW en 2018, a été révélé au grand public. Deux ans après son arrivée, dans un post LinkeDin au vitriol, il dénonce les lourdeurs du groupe, fustigeant "les vieilles structures encroûtées, notamment au siège du groupe, à Volfsburg" qu'il n'avait pas réussi à casser. On imagine aisément l'émoi que ces phrases, assénées à la sulfateuse et lisibles par la terre entière, ont suscité auprès des cadres dirigeants de la maison.

Herbert Diess aux côtés de son modèle : Elon Musk.
Herbert Diess aux côtés de son modèle : Elon Musk.

Pourtant, l'institution qui l'a nommé, ce même conseil d'administration qui le limoge aujourd'hui, connaissait son CV. Il savait qu'il avait fait ses études d'ingénieur à Munich. Il savait qu'il avait passé 19 ans chez BMW dans la même ville, et il savait que l'ancien patron de la maison VW, Martin Winterkorn l'avait appelé à ses côtés, notamment en raison de son profil autoritaire dans le but de faire le ménage, avec une mission de cost killer : réduire les coûts de 5 milliards en deux ans.

Il y a réussi et le même conseil d'administration l'a nommé PDG en 2018, fort de ses méthodes "brutales". À lui de faire basculer l'énorme groupe dans une nouvelle ère : celle de l'électrique. À lui d'effectuer le plus gros virage de toute l'histoire de VW et d'entraîner avec lui les 660 000 personnes de l'entreprise. Car Diess est un convaincu des watts. Il choisit d'investir près de 70 milliards et pas question de tergiverser, il veut avancer à marche forcée. Son modèle, c'est Elon Musk, et il veut dépasser Tesla en volumes de ventes de voitures électriques dès 2025.

Un fan de l'électrique

Mais à la différence de Musk chez Tesla, Diess n'est pas chez lui au sein du groupe VW. Il ne peut agir à sa guise en tant que propriétaire, même en partie, du groupe. Alors, s'il a l'absolution du conseil d'administration, sa manière de faire (et de fer) déplaît aux étages inférieurs qui renâclent. La bascule vers le tout électrique effraie, les méthodes pour y parvenir aussi. D'autant que les problèmes électroniques sur les autos de l'ère Diess s'accumulent, comme ces débuts chaotiques de l'ID3. Jusqu'à la rupture finale, entérinée vendredi dernier.

Oliver Blume a réussi chez Porsche. Pourra-t-il reproduire le succès d'une filiale pour le groupe tout entier ?
Oliver Blume a réussi chez Porsche. Pourra-t-il reproduire le succès d'une filiale pour le groupe tout entier ?

En interne, et parmi les autres constructeurs européens, on soupçonne aussi Hebert Diess, et son culte pour l'électrique, d'avoir favorisé la décision du Parlement européen du mois de juin dernier, entérinant la fin du moteur thermique en 2035. Car lorsque le boss du premier constructeur mondial se déclare partant pour en finir avec les pétrolettes, on l'écoute. Il s'en est suivi une implosion de l'ACEA (association des constructeurs européens d'automobiles) ou toutes les marques se retrouvent et, dans le cas présent, ou personne ne semble d'accord sur l'attitude à tenir face à Bruxelles et face à l'échéance. Visiblement, Carlos Tavarès et Herbert Diess ne passeront pas leurs vacances ensemble. Quelques jours après le vote du Parlement, le patron de Stellantis s'est retiré de l'association avec fracas, bientôt suivi par Volvo.

Il suscite l'inimitié à l'interne et chez ses concurrents européens

Devant tant de dégâts, à l'interne comme à l'externe, la position de Diess devenait intenable et sa sortie est devenue inéluctable. Le conseil d'administration a fini par céder sous la pression. Mais cette sortie rapide pose la question qui secoue actuellement toute l'industrie automobile : l'énorme transformation nécessaire peut-elle se faire sans heurts ? On sait les dégâts sociaux qu'elle va poser à tous les niveaux, de l'opérateur de chaîne jusqu'au PDG en passant par le management intermédiaire. Du coup, le tremblement de terre en cours chez VW pourrait être suivi d'autres secousses, dans d'autres marques. Du côté de Volkswagen, l'arrivée d'Olivier Blume, le nordiste en passe de réussir la bascule de Porsche permettra-t-elle de réussir celle du groupe entier en douceur ? Pour le savoir, il va falloir attendre quelques années, mais la réponse sera livrée bien avant 2035.

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