Etats-Unis : Fasciné par les tueries de masse, le jeune routard projetait d'assassiner Joe Biden
Mai 2020. Un jeune Américain radicalisé, fanatique d'armes et de tueries de masse, est interpellé après l'abandon de sa camionnette sur le parking d'une banque. Peu après, le FBI découvrira qu'il préparait un attentat contre Joe Biden, alors candidat en course pour la Maison Blanche.

« Execute ». C’est par ce verbe, « exécuter », que le suspect termine une note retrouvée dans son téléphone portable et rendue publique au mois d’octobre 2020. Cette note a été écrite cinq mois plus tôt dans un restaurant de la chaîne Wendy’s, à Wilmington (Delaware), à quelques kilomètres du quartier de Greenville, où se trouve le domicile principal de Joe Biden.
Alexander Hillel Treisman, 19 ans, exprime ainsi par écrit sa volonté d’assassiner l’ex Vice-président des Etats-Unis. L’enquête démontrera qu’un mois plus tôt, en avril, ce fils d'avocat originaire de Seattle avait déjà formulé en public, sur l’application iFunny, un message de même teneur se soldant par cette question : « Should I kill Joe Biden ? », autrement dit, « Faut-il que je tue Joe Biden ? »
A l’époque des faits, au printemps 2020, l’ancien Vice-président de Barack Obama est en pleine campagne pour les élections américaines de novembre qui vont l’opposer à Donald Trump, le président sortant.
Le suspect roule en Ford E

En attendant de mettre à éxécution son projet d’attentat, l'individu traverse les Etats-Unis dans un vieux Ford E-Series. Ce véhicule, dont l’origine remonte au début des années 60, est un van imposant et puissant, robuste et logeable, devenu au fil des décennies une institution sur le marché américain des utilitaires.
C'est dans ce VUL que celui qui entend marquer les esprits, comme il le dira cyniquement, « de façon plus mémorable que les auteurs de la tuerie de Columbine*» passe en effet une partie de son temps. Il y rumine sa haine, au fil des milliers de miles passés sur les highways.
A chaque étape de son road-trip, le complotiste fanatique de violence, de fusillades de masse (comme celle du Mandalay Bay Hotel de Las Vegas qui a fait 58 morts le 1er octobre 2017) et de détournements d’avions, consulte notamment la législation locale en matière d’achat et de possession d’armes à feu. Un intérêt qui va permettre de le démasquer…
Game over à Kannapolis

C’est pourtant par hasard que les autorités vont mettre la main sur lui. Nous sommes le jeudi 28 mai 2020, à la mi-journée. Alexander Hillel Treisman est arrivé la veille à Kannapolis, 37 000 habitants, ville située en banlieue de la métropole de Charlotte, en Caroline du Nord.
Un employé de la banque Fifth Third Bank, localisée au 606 South Main Street, contacte le 911. Il signale à la police une camionnette blanche qui lui paraît étrange, stationnée sur le parking. Dans les minutes qui suivent, un équipage du Kannapolis Police Department est dépêché sur les lieux. En regardant par la fenêtre de la cabine, les officiers constatent que le fourgon transporte plusieurs armes.
Le Ford E-Series garé à cet endroit est un spécimen de quatrième génération (vraisemblablement de phase 2), une variante Econoline Cargo de 5,40 mètres de long pour 2 mètres de large et 2 mètres de haut. Equipé d’un moteur V6 ou V8 développant entre 200 et 300 chevaux, il est l’un des 190 000 exemplaires de E-Series vendus entre 1992 et 2008, principalement aux Etats-Unis et au Canada.
Arsenal de guerre
Par sécurité, les policiers sortent leurs armes de service et forcent l'une des portes du fourgon. Ils craignent en effet que quelqu'un soit séquestré à bord. Mais personne..., seulement des signes qu'au moins un occupant a l'habitude de dormir dedans.
Pour lever le doute et rassurer le personnel de la banque, ils décident d'envoyer le véhicule en fourrière en attendant de retrouver son propriétaire. Mais les premières recherches par la plaque d'immatriculation ne livrent aucun élément sur l'identité de ce dernier.
Une fois remorqué, le E-Series est inspecté de fond en comble. Dans la caisse, c'est un véritable arsenal de guerre que découvrent les officiers Wagner et Lambert, bientôt rejoints par l'agent Aaron Seres, du FBI : un fusil Sig Sauer AR, un pistolet Luger Intratec 9 mm, un boîtier de culasse inférieur AR, un pistolet-mitrailleur Kel-Tec Sub-2000, une carabine de calibre 22 mm ainsi qu'un vieux fusil Mosin-Nagant M91/30 daté de l'ère soviétique.
Par ailleurs, l'inspection révèlera la présence d'un bidon d'explosifs, des ouvrages sur la survie et la fabrication de bombes, des dessins de croix gammées, des croquis d'avions s'écrasant sur des bâtiments. Sans oublier une mystérieuse somme de 509 000 dollars** en espèces.
De retour en Honda Accord

Plus tard, dans l'après-midi du 28 mai. Alexander Hillel Treisman ignore tout de la descente de police. Il revient donc sans se méfier sur le parking de l'établissement bancaire. Il s'affiche au volant d'une Honda Accord, une berline quatre portes et cinq places de 4,80 mètres d'envergure.
Ce modèle de voiture, fabriqué depuis 1976, est très apprécié des Américains pour sa sportivité, son raffinement et son confort. L' Accord dans laquelle Treisman réapparaît est manifestement un modèle de dixième génération à motorisation hybride, l'un de ceux assemblés sur le site de Marysville, dans l'Ohio.
Sitôt sorti de la Honda, le malfaiteur présumé s'inquiète de ne plus voir son utilitaire. Il se renseigne auprès du guichetier de la banque qui rappelle alors discrètement la police. Les patrouilles débarquent dans l'instant. Elles trouvent deux armes supplémentaires dans la berline japonaise et interpellent l'individu de 19 ans.
Menotté sans résistance, il est conduit en garde à vue. C'est là, face aux agents FBI, qu'il va partiellement passer aux aveux. Il va raconter avoir traversé les Etats-Unis, depuis le Washington (son état natal, situé sur la côte ouest) jusqu'au New-Hampshire (à l'extrême nord-est), en passant notamment par le Kansas, en plein coeur du pays.
Projet d'attentat et pédopornographie

Alexander Hillel Treisman reconnaît surtout, sans le moindre filtre, qu'il voue une fascination pour les attaques terroristes et les fusillades de masse, ironisant même sur le fait que ce penchant morbide et les blagues qu'il faisait à propos des drames de cette nature, à propos des attentats du 11 septembre 2001 entre autres, lui avaient fait perdre beaucoup d'amis...
Sur le smartphone du mis en cause, les enquêteurs découvriront aussi l'existence de milliers de fichiers pédopornographiques. Ils relèveront en outre les fameux indices qui attestent que, depuis deux mois a minima, le meurtrier potentiel avait bel et bien fait de Joe Biden une cible à abattre.
Si l’on ignore quand, où et dans quelles circonstances le jeune radicalisé imaginait assassiner le candidat démocrate, il est probable, s'il n'avait pas été arrêté à Kannapolis, qu'il ait voulu quitter la Caroline du Nord au volant de cette Honda Accord possiblement louée dans le secteur. Parmi ses objectifs potentiels : remonter vers le nord-est et s’approcher de la résidence personnelle de Joe Biden dans le Delaware (comme il l’avait fait en avril) pour commettre son crime.
Ensuite, il aurait sans doute prévu de fuir vers la frontière fédérale pour rejoindre le Québec via le Vermont, le New-Hampshire ou le Maine. On sait en effet que le suspect, inculpé et incarcéré sur le champ, avait réservé et payé à l’avance un appartement au nom d’Alex Theiss dans cette province canadienne.
* Tuerie de Columbine, le 20 avril 1999 dans le Colorado. Deux lycéens ouvrent le feu sur leurs camarades et le personnel de leur établissement. Ce massacre fera 13 morts et une vingtaine de blessés.
** On apprendra des enquêteurs que la somme retrouvée dans le VUL serait manifestement le fruit d'un héritage, et non de braquages ou de trafics divers.














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