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La traque aux défauts de permis prend un nouveau virage et relance le débat sur le " flicage " des salariés

Dans Flottes auto / Mobilité pro

Lionel Bret

Dès le 1er avril, les entreprises pourront, moyennant l’acquittement d’un simple forfait annuel, accéder de manière illimitée au portail " Verif Permis " et contrôler à tout moment la validité du permis de leurs chauffeurs. Cet enjeu de sécurité routière fait ressurgir le spectre d’une surveillance massive des salariés.

La traque aux défauts de permis prend un nouveau virage et relance le débat sur le " flicage " des salariés
Dès le 1er avril prochain un simple abonnement annuel permettra aux entreprises de vérifier la validité du permis de conduire de leurs employés sans limites ©Nice Matin Maxppp

À compter du 1er avril prochain, le tarif à la consultation du portail " Verif Permis " sera définitivement supprimé. Une simple redevance annuelle de 40 € HT, permettra aux entreprises de consulter ad libitum la validité du précieux sésame de leurs chauffeurs.

Une petite révolution tarifaire qui, si elle simplifie la vie des patrons, fait grincer les dents des défenseurs de la vie privée.

Fin de la tarification à l’acte

Jusqu’ici, le service fonctionnait sur un modèle hybride, souvent jugé dissuasif pour les employeurs. Si l’abonnement de base était déjà fixé à 40 €/an, les entreprises de moins de 50 conducteurs bénéficiaient d’un quota annuel de 50 consultations gratuites. Celles de plus de 50 salariées profitaient de 100 " jetons " gratos.

Une fois ce plafond atteint, chaque vérification supplémentaire était facturée 0,95 € HT. Un coût unitaire qui, pour une entreprise employant des centaines de conducteurs, et devant répéter les actions de contrôle plusieurs fois par an, pouvait se transformer en une ligne budgétaire conséquente.

En supprimant ce prix au « jeton », le ministère de l’Intérieur entend lever un frein financier à la généralisation des contrôles.

Un portail accessible uniquement à certaines entreprises

Le service " Verif Permis " est strictement encadré. L’ accès au portail est réservé uniquement aux entreprises de transport public routier de voyageurs ou de marchandises. À savoir les chauffeurs livreurs, les transporteurs de voyageurs (autocars, bus, transports scolaires), les entreprises de déménagement, les transporteurs de fonds, les ambulanciers, les taxis et VTC.

Pour une entreprise « classique », l’employeur doit continuer à demander périodiquement à leurs salariés de présenter physiquement leur permis de conduire ou une attestation de validité éditée par l’employé lui-même via le portail Mes Points Permis.

Le risque de dérive

Dès 2024, la CGT craignait un dévoiement du système. « Sous couvert de sécurité routière, on permet à l’employeur de fliquer en temps réel la validité du titre de conduite » , s’alarmait la centrale syndicale de Montreuil. FO de son côté craignant de voir l’employeur transformé en « auxiliaire de police ».

Le risque est de voir cette information utilisée pour faire pression sur le salarié ou pour établir des profils de « conducteurs à risque » avant même toute infraction grave.

La CNIL et les fédérations professionnelles (comme la FNTR) ont noté des dérives. Plusieurs entreprises ont reçu des rappels aux obligations légales car elles consultaient le statut des permis de manière systématique (par exemple, tous les lundis matin) sans pouvoir justifier d’un risque particulier.

L’accès universel au fichier demandé

La CNIL (Commission Nationale de l’Informatique et des Libertés) demeure extrêmement vigilante. Dans ses avis, le régulateur milite pour une fréquence de vérification mesurée en rappelant que " les données collectées doivent être adéquates, pertinentes et limitées à ce qui est nécessaire. " Et pour l’heure d’interdire tout accès universel au fichier, malgré des demandes réitérées.

L’enjeu est pourtant crucial. Lors d’une question parlementaire à l’Assemblée nationale, un député estime qu’environ 2,7 millions de faux permis de conduire circuleraient en France, dont 900 000 seraient effectivement utilisés pour conduire réellement

8 % de la mortalité routière due à un défaut de permis

En 2024, le défaut de permis a coûté la vie à 233 personnes, soit 8 % de la mortalité routière métropolitaine. En permettant une vérification en quelques secondes — garantissant la validité du titre sans pour autant dévoiler le solde de points, protégé par la vie privée — le gouvernement mise sur la prévention.

Pour les employeurs, c’est aussi une protection juridique indispensable : face à un accident grave, l’absence de contrôles réguliers des droits à conduire peut lourdement engager leur responsabilité pénale.

L’accès universel au portail " Verif Permis " illustre parfaitement la tension entre deux principes juridiques et éthiques majeurs en France : l’obligation de sécurité de l’employeur et le respect de la vie privée du salarié.

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