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Les Mercedes sont essentiellement des voitures de pauvres !

Dans Rétro / Youngtimer

Stéphane Schlesinger

Loin de leur image premium, les Mercedes ont longtemps été conçues pour une longévité maximale, synonyme de prix de revient réduit auprès d’une population peu argentée. C’est que ce nous a expliqué Marcus Breitschwerdt, patron de Mercedes Classic.

Les Mercedes sont essentiellement des voitures de pauvres !

C’était au salon Rétromobile 2025. Mercedes venait d’affoler les compteurs avec le record battu par sa W196R aux enchères, à 51,155 millions d’euros. Votre serviteur a eu une discussion avec Marcus Breitschwerdt au sujet de cette voiture horriblement chère, de sa restauration, de la politique de Mercedes Classic en matière de gestion de sa collection. Mais la conversation ne s’en est pas tenue là. En une heure, on a le temps de se dire beaucoup de choses.

Première vraie nouvelle Mercedes de l'après-guerre, la W120, lancée en 1953, était surnommée Ponton à cause de sa carrosserie intégrant les ailes. Une allure simple, moderne et sans fioritures qui a connu le succès.
Première vraie nouvelle Mercedes de l'après-guerre, la W120, lancée en 1953, était surnommée Ponton à cause de sa carrosserie intégrant les ailes. Une allure simple, moderne et sans fioritures qui a connu le succès.

Et Marcus Breitschwerdt a évoqué l’intérêt qu’aurait  Mercedes à revenir vers ses valeurs essentielles. Il explique : « Le luxe, cela consiste à avoir plus que ce dont on besoin, cela signifie l’excès. Notre excès à nous n’est pas matérialiste, n’est pas de préférer le platine à l’or, ou l’or à l’argent. Notre excès se trouve dans les efforts, l’ambition à toujours trouver des façons de mieux faire.

Marcus Breitschwerdt, patron de Mercedes Classic.
Marcus Breitschwerdt, patron de Mercedes Classic.

Cela tient à notre histoire souabe, à un passé frugal, à une époque l’Allemagne était très pauvre. Notre seul capital, c’était notre cerveau qui allait nous servir à concevoir des choses qui durent pour toujours. Dans une certaine Allemagne, notre philosophie pour survivre était celle-ci : nous sommes trop pauvres pour acheter du pas cher ».

La Mercedes "Heckflosse" ou W110, variante à 4 cylindres de la W111, ne paie pas de mine à sa sortie en 1961. Pourtant, cette série a inauguré les zones à déformation programmée. Le type de luxe alors typique de la marque.
La Mercedes "Heckflosse" ou W110, variante à 4 cylindres de la W111, ne paie pas de mine à sa sortie en 1961. Pourtant, cette série a inauguré les zones à déformation programmée. Le type de luxe alors typique de la marque.

En clair, il ne fallait pas gaspiller son argent en futilités, plutôt n’acheter que des objets strictement nécessaires et qui durent très longtemps. Les Mercedes courantes étaient définies ainsi, de façon essentielle et frugale.  « Nous devions développer des autos qui durent pour la vie », explique-t-il. « Cela passait par une technologie de pointe, de façon à ce qu’un modèle ne soit pas dépassé après une dizaine d’années, mais aussi les meilleurs matériaux, une qualité de fabrication optimale et un design intemporel. C’est comme ça que Mercedes s’est reconstruite et ce sont ces valeurs que je compte transmettre via le département Classic. »

Ce chauffeur de taxi grec a emmené sa Mercedes 240D W115  de 1976 à quelque 4,7 millions de km. Pour du développement durable...
Ce chauffeur de taxi grec a emmené sa Mercedes 240D W115  de 1976 à quelque 4,7 millions de km. Pour du développement durable...

Breitschwerdt raconte avoir exposé ce point de vue auprès des ouvriers de Mercedes, sur les chaînes de montage, des gens souvent originaires de Turquie ou d’Europe centrale. Ils l’ont immédiatement compris et admis, à sa grande satisfaction, laissant peut-être entendre que son point de vue était plus difficile à faire admettre aux dirigeants de la marque. D’après Breitschwerdt, c’est sur ces bases que Mercedes doit bâtir son avenir.

L'archétype de la Mercedes sobre et robuste, c'est peut-être la W123, apparue en 1976. Tout était en option, y compris le compte-tours sur la version haut de gamme 280 E. Pourtant, ça a été le plus grand succès de la marque !
L'archétype de la Mercedes sobre et robuste, c'est peut-être la W123, apparue en 1976. Tout était en option, y compris le compte-tours sur la version haut de gamme 280 E. Pourtant, ça a été le plus grand succès de la marque !

Le fait est que jusqu’à la fin des années 80, les berlines à l’étoiles étaient mal équipées mais aussi excessivement bien conçues et fabriquées. Leur luxe était là, cela leur conférait non seulement une fiabilité et une durabilité exceptionnelles, mais aussi une forte valeur de revente. Si on calculait le prix de revient de la voiture sur la durée de possession, elle ne coûtait pas cher du tout car on ne perdait pas d’argent en réparations, on la gardait très longtemps, donc on n’avait pas à se ruiner régulièrement dans l’achat d’un nouveau modèle, puis on en récupérait beaucoup à la revente.

Dans ces conditions, on se moquait de l’équipement presque pingre, tant que l’auto demeurait au top par sa solidité, son confort, son comportement routier et sa sécurité passive, bref les éléments fondamentaux. Ce n’est pour une question de statut qu’on s’offrait (ou pas seulement) une Mercedes, mais parce que cela faisait financièrement sens. Et c’est pour ça que ces autos durables ont connu plusieurs vies dans des pays moins riches que le nôtre.

La dernière Mercedes "frugale", la W124, apparue en 1984. C'est la dernière berline moyenne à avoir été conçue dans un esprit traditionnel, c'est aussi celle par laquelle Mercedes a changé de stratégie, au détriment de la qualité, lors de son restylage de 1993.
La dernière Mercedes "frugale", la W124, apparue en 1984. C'est la dernière berline moyenne à avoir été conçue dans un esprit traditionnel, c'est aussi celle par laquelle Mercedes a changé de stratégie, au détriment de la qualité, lors de son restylage de 1993.

Malheureusement, tout ceci appartient au passé. Et quand j’ai fait remarquer à Breitschwerdt que cette philosophie de la frugalité et de la durabilité avait changé au tournant des années 90 chez Mercedes, il ne l’a pas reconnu, affirmant que comme toutes les entreprises, la sienne avait besoin d’être rentable. Une façon élégante d’éluder la question et de ne pas se mettre en porte-à-faux.

On peut tout de même se montrer sceptique quant au fait que Mercedes revienne sur ses bases historiques, à une époque où l’on loue sa voiture plutôt que de l’acheter, où la batterie représente parfois plus 50 % de la valeur d’un modèle électrique, donc l’expose à une mise au rebut prématurée en cas de dommage rendant son pack de cellules irréparable, et où les progrès rapides accélèrent l’obsolescence d’une auto zéro émission. En somme, les voitures n’ont jamais été aussi jetables qu’en cette ère où l’on pense développement durable et écologie. Pas facile pour une marque comme Mercedes…

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