Les Mercedes sont essentiellement des voitures de pauvres !
Loin de leur image premium, les Mercedes ont longtemps été conçues pour une longévité maximale, synonyme de prix de revient réduit auprès d’une population peu argentée. C’est que ce nous a expliqué Marcus Breitschwerdt, patron de Mercedes Classic.

C’était au salon Rétromobile 2025. Mercedes venait d’affoler les compteurs avec le record battu par sa W196R aux enchères, à 51,155 millions d’euros. Votre serviteur a eu une discussion avec Marcus Breitschwerdt au sujet de cette voiture horriblement chère, de sa restauration, de la politique de Mercedes Classic en matière de gestion de sa collection. Mais la conversation ne s’en est pas tenue là. En une heure, on a le temps de se dire beaucoup de choses.

Et Marcus Breitschwerdt a évoqué l’intérêt qu’aurait Mercedes à revenir vers ses valeurs essentielles. Il explique : « Le luxe, cela consiste à avoir plus que ce dont on besoin, cela signifie l’excès. Notre excès à nous n’est pas matérialiste, n’est pas de préférer le platine à l’or, ou l’or à l’argent. Notre excès se trouve dans les efforts, l’ambition à toujours trouver des façons de mieux faire.

Cela tient à notre histoire souabe, à un passé frugal, à une époque l’Allemagne était très pauvre. Notre seul capital, c’était notre cerveau qui allait nous servir à concevoir des choses qui durent pour toujours. Dans une certaine Allemagne, notre philosophie pour survivre était celle-ci : nous sommes trop pauvres pour acheter du pas cher ».

En clair, il ne fallait pas gaspiller son argent en futilités, plutôt n’acheter que des objets strictement nécessaires et qui durent très longtemps. Les Mercedes courantes étaient définies ainsi, de façon essentielle et frugale. « Nous devions développer des autos qui durent pour la vie », explique-t-il. « Cela passait par une technologie de pointe, de façon à ce qu’un modèle ne soit pas dépassé après une dizaine d’années, mais aussi les meilleurs matériaux, une qualité de fabrication optimale et un design intemporel. C’est comme ça que Mercedes s’est reconstruite et ce sont ces valeurs que je compte transmettre via le département Classic. »

Breitschwerdt raconte avoir exposé ce point de vue auprès des ouvriers de Mercedes, sur les chaînes de montage, des gens souvent originaires de Turquie ou d’Europe centrale. Ils l’ont immédiatement compris et admis, à sa grande satisfaction, laissant peut-être entendre que son point de vue était plus difficile à faire admettre aux dirigeants de la marque. D’après Breitschwerdt, c’est sur ces bases que Mercedes doit bâtir son avenir.

Le fait est que jusqu’à la fin des années 80, les berlines à l’étoiles étaient mal équipées mais aussi excessivement bien conçues et fabriquées. Leur luxe était là, cela leur conférait non seulement une fiabilité et une durabilité exceptionnelles, mais aussi une forte valeur de revente. Si on calculait le prix de revient de la voiture sur la durée de possession, elle ne coûtait pas cher du tout car on ne perdait pas d’argent en réparations, on la gardait très longtemps, donc on n’avait pas à se ruiner régulièrement dans l’achat d’un nouveau modèle, puis on en récupérait beaucoup à la revente.
Dans ces conditions, on se moquait de l’équipement presque pingre, tant que l’auto demeurait au top par sa solidité, son confort, son comportement routier et sa sécurité passive, bref les éléments fondamentaux. Ce n’est pour une question de statut qu’on s’offrait (ou pas seulement) une Mercedes, mais parce que cela faisait financièrement sens. Et c’est pour ça que ces autos durables ont connu plusieurs vies dans des pays moins riches que le nôtre.

Malheureusement, tout ceci appartient au passé. Et quand j’ai fait remarquer à Breitschwerdt que cette philosophie de la frugalité et de la durabilité avait changé au tournant des années 90 chez Mercedes, il ne l’a pas reconnu, affirmant que comme toutes les entreprises, la sienne avait besoin d’être rentable. Une façon élégante d’éluder la question et de ne pas se mettre en porte-à-faux.
On peut tout de même se montrer sceptique quant au fait que Mercedes revienne sur ses bases historiques, à une époque où l’on loue sa voiture plutôt que de l’acheter, où la batterie représente parfois plus 50 % de la valeur d’un modèle électrique, donc l’expose à une mise au rebut prématurée en cas de dommage rendant son pack de cellules irréparable, et où les progrès rapides accélèrent l’obsolescence d’une auto zéro émission. En somme, les voitures n’ont jamais été aussi jetables qu’en cette ère où l’on pense développement durable et écologie. Pas facile pour une marque comme Mercedes…

















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