Tesla serait-il fâché avec les chiffres pour démontrer les bien-fondés de sa conduite autonome ?
Pour contourner les lenteurs de Bruxelles et faire homologuer son système de conduite autonome (FSD) en Europe, Tesla a dégainé un argument de choc : son dispositif serait dix fois plus sûr que la conduite humaine. Une promesse spectaculaire qui a déjà séduit les Pays-Bas, mais une promesse exagérée, selon une enquête de Reuters.

Benjamin Disraeli était un homme politique anglais plutôt visionnaire. Dès le XIXe siècle, il déclarait qu’ « il y a trois sortes de mensonges : les mensonges, les gros mensonges et les statistiques. » 130 ans plus tard, Tesla a visiblement opté pour la troisième option concernant son FSD qui a obtenu un premier feu vert aux Pays-Bas pour son système de « full self-driving ».
Mais une enquête de Reuters révèle que les statistiques brandies devant les régulateurs européens reposent sur des comparaisons biaisées qui gonflent artificiellement les gains de sécurité attribués à cette techno.
32 000 vies épargnées ? Vraiment ?
C’est du moins la thèse que défend l’agence dans une grosse enquête au cours de laquelle elle s’est penchée sur les données que la marque d’Elon Musk a livrées à l’UE, et notamment aux autorités suédoises et néerlandaises pour faire homologuer la dernière version de son Autopilot.
Une manœuvre plutôt réussie puisque le système est exploitable par les clients des Pays-Bas de la marque depuis le mois d’avril, après son agrément aux US ou il est déjà largement répandu.
Pourquoi au pays des tulipes ? Car en observant les lenteurs (et les réticences) de Bruxelles pour faire homologuer son FSD dans toute l’Union, Tesla a décidé de s’attaquer aux différents pays membres, et a commencé par la Hollande.
Ce qui a convaincu les autorités c’est le gain apporté en matière de sécurité routière et notamment l’argument choc des Américains expliquant que le système est jusqu’à 10 fois plus sûr que la conduite humaine. La marque affirme même qu’une Tesla qui utilise le FSD devrait parcourir plus de sept fois la distance d’un conducteur américain moyen avant d’avoir un accident. Résultat : l’Autopliot pourrait potentiellement sauver 32 000 vies et éviter 1,9 million de blessés s’il était généralisé. De quoi faire chuter l’accidentologie à des niveaux jamais vus.
Pour démontrer ses propos, Tesla a aligné des chiffres et, c’est dans ses tableaux, toujours selon Reuters, que ça coince. Le constructeur a bien compilé les accidents que ses autos équipées du système autonome. Sauf qu’il n’aurait retenu que les plus graves, du moins ceux qui ont amené les airbags à se déclencher.
Puis il a comparé ces données légèrement biaisées avec les statistiques fédérales américaines incluant tous les accidents de tous les véhicules de toutes les marques, et en prenant en compte tous les crashs, même ceux qui n’ont pas déclenché l’ouverture de coussins.
Un progrès réel mais moins impressionnant qu’annoncé ?
En outre, Tesla compare des autos récentes (les siennes) avec la totalité du parc américain, pas toujours de première jeunesse, et donc plus accidentogène.
Pour autant, même en ayant reçu les conclusions de l’enquête Reuters, les autorités néerlandaises n’ont pas suspendu leur agrément à la marque, et la Suède, qui étudie elle aussi la possibilité de donner son autorisation n’a pas rebroussé chemin.
Car même si les soupçons de triche sont avérés, même si Tesla a été attrapé les doigts dans la confiture et si les vies épargnées étaient inférieures à 32 000, rien dans l’enquête ne démontre que le FSD n’apporte pas un réel progrès à la sécurité routière. Même s’il est quelque peu moins impressionnant que ce que les statistiques de la marque affirment.

















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