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Ce petit film évite les habituels dérapages sur le drift

Dans Loisirs / Cinéma

Michel Holtz

En Irlande du Nord, le réalisateur Ruairí Bradley a posé sa caméra au plus près d’une communauté d’amateurs de glisse. Loin du voyeurisme et de la moquerie condescendante, son court-métrage dévoile un autre visage du drift de Belfast : un exutoire face à la crise sociale et un puissant rituel de survie collective.

Ce petit film évite les habituels dérapages sur le drift
Une BMW en plein drift dans un cortège funèbre.

Il y a généralement deux manières d’évoquer cet univers particulier. Le drift, le rodéo, le clonage de fast and furious et tout ce qui ressemble à du tuning est souvent vu avec un rien de condescendance et emballés dans un gros paquet de moqueries, comme c’est le cas de cet épisode belge de l’émission Strip tease. À l’inverse, les JT rangent généralement ces pratiques au rayon fait divers.

Et puis il y a ce court métrage documentaire : We beg to differ (nous voulons être différents). Le film, et ses protagonistes, joue sur les mots « differ » et « drifter », en revendiquant de ne pas être comme les autres. C’est dans une communauté d’adeptes, du côté de Belfast en Irlande du Nord que le réalisateur Ruairí Bradley a posé sa caméra, sans bruit, pour les observer.

Il en revient avec un court film de 13 min splendide et crépusculaire, à l’instar de ce long plan d’ouverture. C’est un cortège funèbre dont le corbillard est suivi par des scooters, diverses autos préparées, dont une BMW qui réalise des donuts. Une image qui pourrait virer au comique, mais elle est tragique.

À leurs côtés

Des morts, par suicide, par accident, ce drôle de groupe en compte un certain nombre, comme ses membres l’avouent. Pourquoi continuent-ils de tourner encore, de glisser sur des parkings de nuit et des friches industrielles au crépuscule ? « Pour exister », disent-ils. Pour survivre dans la crise sociale qui a transpercé l’Ulster, pour oublier leurs complexes de déclassés, car quand on se réunit on est plus fort.

Dans ce court film de Ruairí Bradley, salué dans les festivals européens et américains, on ne rit pas des differs-drifters, on le regarde, on les comprend et on est à leurs côtés. Sur le siège passager.

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