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Chronique du confiné – semaine 3 : quand il ne faut pas oublier que nul n’est prophète en son métier

Dans Rétro / Autres actu rétro

Pour un essayeur automobile, juger des qualités d’une automobile est une chose, mais jauger de ses chances de réussite auprès du public en est une autre. Un exercice dans lequel le confiné n’a pas toujours excellé. Tant s’en faut.

Le premier Nissan Qashqai ? Une Golf avec des grosses roues qui ne se vendra jamais.
Le premier Nissan Qashqai ? Une Golf avec des grosses roues qui ne se vendra jamais.

Au 17e jour, le confinement prend des allures brumeuses. Le confiné commence à tout mélanger, sa vision s’embrouille. Le chat, de basse extraction mais à poils longs, se confond avec l’ado aux cheveux encore plus longs. Le premier se nourrit exclusivement de croquettes, le second seulement de céréales, deux aliments somme toute esthétiquement proches. Alors le confiné doute, de la compétence de son ophtalmo, de sa jugeote, comme de sa vision de l’homme et de l’animal. Une jugeote, ou un manque de jugeote plutôt, qui ne date pas du confinement, mais d’une époque où le doute n’avait pas sa place, malheureusement.

Un monospace compact ? Ça ne marchera jamais.
Un monospace compact ? Ça ne marchera jamais.

Droit dans ses bottes, le confiné l’était, en cette année 1995, comme Alain Juppé. C’est du moins ce que ce dernier affirmait, pour ne pas avoir à retirer sa réforme des retraites. Trois semaines plus tard, c’est lui qui se retirait.

Le confiné et jeune journaliste d’alors était tout aussi raide dans ses chaussures en affirmant, la même année, que la Renault Mégane Scénic était une auto mal née qui n’avait aucune chance de rencontrer le succès. Il s’en était allé l’essayer du côté du circuit de Mortefontaine au nord de Paris et ses conclusions étaient lapidaires : comment peut-on avoir envie d’acheter une auto au volant plat comme dans un camion et aux suspensions sèches comme un noyau de brugnon ? Résultat : personne n’a écouté le devin.Le Scénic sévit encore, quatre générations et plus de 4 millions d’exemplaires plus tard. Et même si la quatrième version - qui a délaissé son second prénom de Mégane depuis longtemps - fait moins bien que ses ancêtres, reste que le monospace compact du losange a fait des petits, dans toutes les marques. Chez Citroën d’abord avec la lignée des Picasso, chez Volkswagen avec son Touran, chez Opel avec son Zafira, entre autres.

Modus ? La Renault qui devait tuer la Clio

Mais parfois, le confiné au nez creux a encensé une auto détestée. Une voiture qui a fait un bide et dont il a fait l’éloge. Ce fut le cas d’une autre Renault : la Modus. En prenant le volant de ce premier minispace, en 2004, il est frappé par l’évidence. Bon sang mais c’est bien sûr : voilà une Clio plus habitable qu’une Clio, avec plus de visibilité, qui profite de la plateforme de la future citadine du losange avec six mois d’avance et qui est vendue 500 euros de plus seulement que la Clio 2. Elle ne peut que cartonner, malgré sa finition un peu légère. Au point que le critique séduit se demande si cette Modus ne va pas tuer la citadine polyvalente dont elle est dérivée.

Las, quelques mois plus tard, Louis Schweitzer, PDG de Renault de l’époque, explique que la marque a surestimé le marché du minispace. Le Modus sera restylé, mais pas renouvelé. En 2012, il tire sa révérence, sans successeur, et sans une larme de son public, à peu près aussi nombreux que celui d’un autre bide de l’époque : le Peugeot 1007.

Le minispace Renault Modus ? Un carton assuré.
Le minispace Renault Modus ? Un carton assuré.

Mais on ne peut tout de même pas se tromper à tous les coups. C’est fort de cette certitude que le confiné aux magnifiques intuitions prend la route de Barcelone en 2007. La capitale catalane était, et reste toujours, le tas de sable ou tous les essayeurs d’autos vont jouer avec leurs pelles, leurs râteaux et les nouvelles autos.

Cette année-là, l’attraction avait un drôle de nom : Nissan Qashqaï. Un truc incompréhensible, bien au-delà du nom. Il n’est pas fait pour crapahuter, et d’ailleurs il faut ajouter 2 000 euros d’options pour disposer de 4 roues motrices. En plus, il est moins habitable qu’un monospace et moins modulable. Le japonais, non content d’avoir fabriqué une espèce de Golf avec de grosses roues qui ne va intéresser strictement personne, a en plus l’outrecuidance de déposer le nom « Crossover ». Comme si les concurrents (si ce truc bizarre en a un jour) allaient utiliser ce terme.

Un "Crossover" ? Aucun intérêt

On épargnera au lecteur la suite des aventures du Qasqhaï, son énorme succès, sa descendance multiple, ses hordes de concurrents et le fait qu’il est à l’origine du segment des SUV compacts qui, depuis son avènement, est celui qui connaît la plus forte croissance de l’automobile mondiale.

Du coup, quand la maisonnée sollicite l’opinion du confiné de trois semaines sur une série, un plat ou une lecture, des activités de confinés en somme, il se garde bien de livrer un avis définitif, et se range derrière les choix du public. Le couscous ? C’est le plat préféré des Français. La Casa de Papel ? C’est un carton sur Netflix. Les livres de Guillaume Musso ? Ce sont des best-sellers. La confinitude fait naître le doute. Et le mauvais goût en matière de littérature.

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Commentaires (29)

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j'aime bien s't'article..

+ 1

Par

L'art du marketing, c'est faire en sorte de vendre des produits improbables au plus grand nombre et le plus cher possible . Il y a beaucoup de ratés mais quelques grandes réussites . On est souvent surpris, et c'est très intéressant de remettre à plat nos certitudes .

Par

Que le public ou même un journaliste ne voit pas le potentiel de réussite n'a aucun impact. Ce qui est grave c'est le mauvais dimensionnement d'une chaîne d'assemblage par le constructeur

Que ce soit la Micra a Flins prévue pour 130.000/an avec seulement 60.000 ventes ou bien la première Scenic qui a attirée 4 fois plus d'acheteurs que prévu; dans les deux cas ce sont des dépenses supplémentaires et une marge unitaire réduite.

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Par

En réponse à GY201

Que le public ou même un journaliste ne voit pas le potentiel de réussite n'a aucun impact. Ce qui est grave c'est le mauvais dimensionnement d'une chaîne d'assemblage par le constructeur

Que ce soit la Micra a Flins prévue pour 130.000/an avec seulement 60.000 ventes ou bien la première Scenic qui a attirée 4 fois plus d'acheteurs que prévu; dans les deux cas ce sont des dépenses supplémentaires et une marge unitaire réduite.

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Un article sympa.

Par

tiens un article puataclic sur LE CRIC EN CRISE Lol...que le contribuable va mettre la main a la poche bientot

Par

Bel exercice d'auto... dérision et d'humilité qui fait honneur à son auteur.

Mon vœu: qu'il serve d'exemple à tous ceux ici trop nombreux qui nous assènent leurs certitudes et petites opinions en croyant délivrer des oracles universels et infaillibles.

Par

En réponse à etnabis

Bel exercice d'auto... dérision et d'humilité qui fait honneur à son auteur.

Mon vœu: qu'il serve d'exemple à tous ceux ici trop nombreux qui nous assènent leurs certitudes et petites opinions en croyant délivrer des oracles universels et infaillibles.

Tu parles de Gignac ?

Par

Ce mal qui touche l'auteur de l'article, touche chacun d'entre nous. On se trompe absolument tous, sur une multitude de sujets, tout le temps. Ceux qui l'admettent en revanche, se comptent sur les doigts d'une main. Et l'auteur en fait partie.

Sur le sujet automobile, j'ai cru que l'Opel Adam ne pouvait être qu'un immense carton tant je la trouvais craquante. J'ai pensé que Tesla allait faire un immense bide, puis que Tesla ne gagnerait jamais un centime. J'ai écrit aussi qu'Amazon ne ferait pas long feu. Dans un autre registre encore, je pensais qu'Android serait un fiasco monumental.

Je pourrais trouver sur les publications de chacun d'entre nous les pires auspices, les prévisions les plus ridicules....ce serait sans fin.

Par

Effectivement,

tout le monde peut se tromper, constructeurs en premier : un industriel lance un produit quand il pense que ça va marcher ou tout du moins être rentable (directement, ou pour l'image).

Comme pour les yaourts, de nombreuses nouveautés ne trouvent cependant pas leur place, et quelques exceptions sont en rupture de stock !

De tête j'ai eu 16 voitures, sur tous ces choix une seule (la première) s'est vendue à très gros volumes et a été un succès partout en europe, les autres étant davantage des produits de niche ou des échecs commerciaux. Le paradoxe que je retiens c'est que la voiture dont je garde le moins bon souvenir est la toute première, alors que je garde un très bon souvenir de tous mes vilains petits canards (que j'étais le seul à trouver beaux et à choisir).

Les qualités d'une auto ne sont pas liées aux volumes vendus ...

Par

Comme l'a dit un autre forumeur c'est le propre du marketing d'essayer de faire d'un produit mediocre un succès : le Kube est le champion mondial dans ce domaine depuis plus de vingt ans... C'est avant tout une question de budget, les constructeurs japonais préfèrent investir dans la R&D et dans la qualité, mais force est de reconnaître qu'ils vendent moins de véhicules alors qu'objectivement n'importe quelle véhicule japonais est plus abouti qu'un Kube à roulettes... :bah:

Un autre très bon exemple de la supériorité du ciblage marketing sur la qualité intrinsèque du véhicule c'est le phénomène SUV : un véhicule énorme par rapport à son habitabilité, avec une visibilité tout juste moyenne est en tout cas bien inférieure à un monospace, avec un coffre parfois plus petit que celui d'une berline de même taille, lourd comme une enclume et donc surmotorisé, le plus souvent dépourvu de transmission intégrale et donc incapable de jouer le rôle de "baroudeur" que le marketing lui a donné, et pour couronner le tout un plaisir de conduite digne d'une 2cv avec mouvements de caisse dans tous les sens du fait de son centre de gravité surélevé...

Le SUV est ce qui pouvait arriver de pire à l'automobile et pourtant aujourd'hui tout le monde ou presque en achète...

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