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De Renault (un peu) à Stellantis (beaucoup) : pourquoi faut-il attendre que les patrons s’en aillent pour que les bonnes décisions soient prises ?

Dans Economie / Politique / Industrie

Michel Holtz

De la fin de la stratégie de scission chez Renault à l’arrêt des multiples bourdes chez Stellantis, les nouveaux états-majors opèrent un virage à 180 degrés. Comme si les décisions des anciens boss alors en place étaient indiscutables, même par les conseils d’administration.

De Renault (un peu) à Stellantis (beaucoup) : pourquoi faut-il attendre que les patrons s’en aillent pour que les bonnes décisions soient prises ?
Antonio Filosa, patron de Stellantis et détricoteur en chef. Crédit photo MaxPPP.

C’est une manie. Lorsqu’un boss quitte son poste, celui qui lui succède s’emploie à détricoter tout ce qu’il a entrepris. Il en va ainsi à la tête d’un pays, d’un club de foot ou d’un constructeur automobile.

Carlos Tavares limogé (ou presque), Luca de Meo parti en catastrophe (ou presque) et voilà que ceux qui s’installent dans leur fauteuil mettent en place une politique totalement différente.
Quand l’ex-patron de Renault ne jurait que par ses entités Ampère et Horse, le nouveau boss, François Provost, enterre la filiale électrique. Quand son prédécesseur pensait partenariats financiers, il pense partenariats industriels.

Des remises à plat urgentes et nécessaires

Du côté de Stellantis, les différences sont évidemment beaucoup plus profondes et fondamentales. Les programmes électriques de Carlos Tavares sont remis à plat par Antonio Filosa, notamment aux USA. Les relations, totalement détériorées avec les réseaux de distribution, sont améliorées, la guerre avec les fournisseurs est plus ou moins enterrée. Quant à la chasse au coût, elle est moins de saison et le mot « qualité » ne semble plus un terme grossier.

L’on s’aperçoit, au final, que, tant du côté du groupe Renault, même si les changements sont à la marge, que du côté de Stellantis, ou ils sont gigantesques, les modifications vont dans le bon sens. Tout ça pour ça ? Il aura fallu attendre quatre ans de gouvernance Tavares à la tête de Stellantis et dix ans de plus à la tête de PSA pour faire ce constat ? Et, toujours dans une moindre mesure, trois ans pour s’apercevoir qu’Ampère était une impasse ?

Ces aveuglements révèlent un problème fondamental qui touche au fonctionnement même et à la gouvernance d’une entreprise, petite ou très grande.

Car si l’on considère aujourd’hui que Carlos Tavares envoyait Stellantis dans le mur, pourquoi ne pas s’en être ému durant son règne ? Pourquoi aura-t-il fallu attendre son départ pour remettre les choses à plat ?

S’offrir une Peugeot 208 aujourd’hui, malgré son moteur transformé, exige d’avoir confiance.
S’offrir une Peugeot 208 aujourd’hui, malgré son moteur transformé, exige d’avoir confiance.

Pourtant, des voix se sont élevées, fustigeant le culte de la performance du bonhomme et son acharnement à réduire des coups qui ont conduit à l’affaire et à l’échec PureTech. Mais il aura fallu attendre son départ fin 2024 pour rectifier le tir.

Moins grave, le cas de Luca de Meo est néanmoins tout aussi frappant. Ampère s’est peu à peu vidé de son sens et d’actionnaires que l’entité électrique de Renault n’aura jamais su convaincre. Pourquoi ne pas fermer la coquille vide beaucoup plus tôt ? Dès que Nissan a fait défection ? Mystère.

Dans un cas comme dans l’autre, ce sont des décisions et des politiques exercées en solitaire par des patrons pourtant très entourés. Le pouvoir isole et l’entreprise n’est pas une démocratie. Ce sont les actionnaires de Stellantis, réunis au sein du conseil d’administration qui étaient à la manœuvre, et qui ont lâché la bride à Carlos Tavares, ravis de le voir multiplier les dividendes au début de chaque année et pendant plusieurs années.

L’avis changeant des conseils d’administration

Pourtant, ils savaient que l’augmentation forcenée des prix, au nom d’un pricing power mal embouché menait à l’impasse, comme ils savaient que la fronde des concessionnaires était sans issue, comme ils n’ignoraient pas que la réduction forcenée des coûts aurait des dégâts nuisant durablement à l’image des marques et feraient fuir les clients.

On sait les marchés court-termistes. Mais que des actionnaires ne voient pas plus loin que leurs cours, et n’envisagent pas un avenir au-delà de la prochaine cotation, est plus étonnant. D’autant que ce sont, peu ou prou, les mêmes qui tiennent les clés des conseils d’administration qui ont fait changer la gouvernance des entreprises en général et de Stellantis en particulier. Ils ont fini par se rendre compte que leurs décisions étaient erronées depuis plusieurs années. Guérir d’une cécité est une bonne chose. En espérant qu’il ne soit pas trop tard pour la galaxie de 15 marques.

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