Design automobile: quand trop de rétro tue le rétro
De la 2CV à la R8 Gordini en passant par la RCZ, la quête effrénée aux références du passé que mènent les marques françaises au Mondial finit par poser problème. Ne faudrait-il pas partir plus souvent d’une feuille blanche ?

Au début, on a bien aimé. Même si elle fait un peu « jouet », la réincarnation de la 2CV fait plaisir à tout le monde. Et puis au salon est apparu un autre remake de la Deuche, cette fois en mode fourgonnette. Moins convaincant, plus artificiel et peu susceptible de connaître une suite commerciale. On a trouvé que Citroën tirait un peu trop sur la corde sensible de la nostalgie. Au Mondial 2028 faudra-t-il s’attendre à une Visa du futur avec, à gauche du volant, une version revisitée du fameux satellite « ergonomique » PRN (Pluie Route Nuit) ? Et dans la série icône réinventée, un concept « C15 hype » avec élargisseurs d’aile en majesté et carrosserie bosselée grâce à l’IA ?

On avait encore rien vu. En face, sur le stand Peugeot, pas de nouveautés mais encore du neuf avec du vieux. Le lion nous présente l’E-T16, hommage à la 205 championne du monde des rallyes en 1985 et 1986 - ça ne nous rajeunit pas – ainsi qu’une chouette réinterprétation de la regrettée RCZ. Renault qui a soigneusement mis en scène une réplique modernisée de la R8 Gordini n’a pas échappé au syndrome rétromaniaque. Bleu de France et bandes blanches, rien ne manque sauf peut-être le sac de sable dans le coffre pour lester le train avant.

C’est joli. Mais à quoi tout cela sert-il, hormis combler le vide de l'absence de vraies nouveautés ? La question n’est pas de savoir si ces créations sont réussies - elles le sont - mais de s’interroger sur ce que raconte cette fièvre rétro dans laquelle se complaisent les marques françaises qui, pourtant, ont longtemps ignoré leur héritage. D’accord, la nostalgie fait vendre, comme le rappellent le succès des nouvelles R5 et Twingo quoique le semi-échec de la R4 et le déclin de la Fiat 500 suggèrent qu’il ne s’agit pas d’une martingale. Et puis, exalter le patrimoine d’une marque offre un supplément d’âme dont ne dispose aucun constructeur chinois. Qui sait si Stellantis ne rendra pas à la vie Panhard et Simca, histoire de faire battre nos petits coeurs devant une assiette de jambon-coquillettes.
La nostalgie, camarade

Quitte à passer pour un aigri, il me semble que s’en tenir qu’à l’évocation systématique d’un passé idéalisé pour donner la chair de poule au chaland ressemble à une défaite de la pensée. Rendre hommage à la tradition peut se faire avec tact, sans qu’il soit nécessaire de chausser les gros sabots. Trop de rétro tue le rétro.
Le problème est que ces temps-ci, le design automobile pris en étau entre la fièvre nostalgique et la quête du plus petit dénominateur commun, ne laisse entrevoir aucune piste nouvelle. Des années 2025-2030, il ne restera que des résurrections un poil régressives et des SUV aussi excitants qu’un verre d’eau tiède. Faut-il que nous doutions à ce point de l’avenir pour que la "société de consolation" - qui privilégie les achats de rassurance - étende autant ses frontières. Aujourd’hui, la modernité automobile s’incarne quasi-exclusivement à travers la sacro-sainte technologie. Et c’est un peu lassant.
Enfin, derrière la rétromania de nos constructeurs, se dessine une passation de pouvoir générationnelle. Aux boomers qui règnent sur le marché de la voiture neuve (moyenne d’âge des acheteurs : 57 ans au bas mot) mais prennent de la bouteille commence à se substituer la génération X (née entre 1975 et 1980) à laquelle font risette les réincarnations des Peugeot 205 et RCZ comme de la Renault Twingo voire de la Citroën 2CV, objet transgénérationnel par excellence. Autant de modèles qui, lors de leur apparition, n’empruntaient pas grand’chose à leurs devancières. Bref, vive la feuille blanche !


















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