La Renault 4, légende française de l'histoire auto colombienne
Durant plus de 20 ans, la citadine au losange a fait les beaux jours de l'industrie automobile colombienne, se classant même plusieurs années leader sur son segment. Retour sur l'épopée locale de la 4L, celle que la population surnomme encore avec affection l'« Amigo Fiel ».

Sur les forums auto colombiens, elle fait partie des voitures de collection les plus recherchées, les plus adulées. Ainsi, dès qu’un vieil exemplaire de 4L apparaît en photo dans un post, c’est la même rengaine enthousiaste, le même empressement pour placer ses billes : « ¿ Que precio ? » (quel prix ?), ou encore « ¿ Cuanto Vale ? » (Combien ça vaut ?). Des questions toutefois souvent vaines car la plupart des 4 L exposées sur le web, si chères au cœur de leurs propriétaires, ne sont en fait pas à vendre…
Ils sont nombreux dans la population, plusieurs dizaines de milliers au bas mot, à l’image d’Ignacio, de Carmen, de Jaime ou de Diego Andrès Dominguez, fondateur du Club R4 Colombia, à partager au quotidien leur expérience et leur attachement pour la Renault 4. Ces passionnés se réunissent même régulièrement, de Bogota à Baranquilla, pour présenter au grand public leurs modèles les mieux restaurés, faisant revivre à travers cela l’âge d’or de la citadine française au « pays du café ».
Création de la Sofasa

Pour comprendre le lien qui unit les Colombiens à la Renault 4, il faut remonter près de 60 ans en arrière, lorsque le gouvernement d’alors émet un appel d’offre international afin qu’un constructeur automobile étranger s’implante dans le pays. La Régie Renault se porte candidate et remporte le marché.
C’est ainsi qu’au début 1969, à Envigado, aux portes de Medellin, voit le jour l’usine de la Sofasa (Sociedad de Fabricación de Vehículos Automotores), une entreprise qui existe toujours et qui était détenue à l’époque à part égale entre la Régie Renault et l’Etat colombien.
Et c’est la fameuse 4L, la citadine au losange quatre fois reine des ventes dans l’hexagone depuis le début des années 60, qui est choisie pour inaugurer la production colombienne. Bien qu’affichée à un tarif relativement élevé pour la majorité des foyers, elle bénéficie dès son lancement local d’un bon coup de pub.
La R4 devient « l'Amigo Fiel »

C’est à un médecin qu’on le doit. Le 26 août 1969, Darío Mesa Upegui, chirurgien spécialisé en traumatologie, se rend dans la concession Agenciauto, située Avenida Palacé, au centre de Medellin. Ce jour-là, contre toute attente, cet inconditionnel de voitures de luxe allemandes ou américaines va en effet jeter son dévolu sur la première R4 fabriquée en Colombie, immatriculée LWA 584.
Il l’apprécie d’emblée pour son aspect atypique général, pour ses phares ronds, pour son levier de vitesse greffé à la planche de bord. Il l’apprécie aussi pour son agilité et sa robustesse, pour ses suspensions innovantes avec barres de torsion indépendantes. Enfin, le médecin la juge pratique pour ses déplacements. Il aime sa modularité et sa capacité utilitaire peu commune, favorisée par un grand hayon monobloc, un seuil de chargement abaissé et un plancher de coffre plat.
Ainsi, assez rapidement, la Renault 4 du docteur Dario Mesa est érigée en symbole d’une nouvelle ère, tant en ville que dans les régions montagneuses. Elle devient l’« Amigo Fiel » (l’Ami fidèle) des Colombiens, la nouvelle partenaire de route de monsieur Tout-le-monde, ou du moins, la partenaire de la classe moyenne et de certains entrepreneurs.
C’est véritablement à partir de 1975, lorsque l’Etat colombien baisse le prix d’achat tout en facilitant l’accès au crédit, avec la possibilité d’acquérir la Renault 4 avec un apport initial de 30 % et un emprunt sur 24 mois, que les ventes de la citadine commencent à décoller. D’autant que la variante Renault 4 « Plus 25 » lancée en 1976, qui embarque un moteur 1 litre et 25 % de puissance supplémentaire par rapport au bloc d’origine, ne tarde pas à convaincre.
Escobar au volant
A cette époque, la 4L se taille en outre une belle réputation grâce à ses aptitudes en rallye. Elle capte l'attention à tel point qu'elle attire malgré elle à son volant un certain Pablo Escobar...
Illustration le 25 février 1979. Escobar, 30 ans, trafiquant de drogue déjà notoire depuis quelques années, mais aussi accro à la course automobile depuis sa jeunesse, s'aligne en effet au départ de la Copa Renault 4, sur le circuit de Tocancipa, à Bogota.
Pilote passionné et patron de sa propre écurie, il se distingue ce jour-là par une arrivée en hélicoptère, en parfait « parrain » ... Avant de s'installer plus modestement mais rageusement dans sa R4 blanche de compétition, avec le numéro 70 sur les portières. Plus à l'aise en ligne droite que dans les courbes, il termina la course à la deuxième place.
Reine des ventes nationales

Bon, entre nous, la 4L n'a nullement eu besoin d'Escobar pour imprimer les esprits et poursuivre sa conquête colombienne. La décennie 80, marquée notamment par la commercialisation massive de la variante GTL, signe d'ailleurs une saine consécration. A plusieurs reprises en effet, l'égérie de Renault se classe à la première place des ventes de son segment sur le marché automobile national.
L’aventure historique de la R4 en Colombie a pris fin en 1991 (un an avant la fin de la production en France), après 22 ans de présence et quelque 97 000 unités produites sur les chaînes d’assemblage de la Sofasa.
Trente-cinq ans plus tard, souffle fatalement un peu partout dans ce pays d’Amérique du Sud un fort parfum de nostalgie. Or, là-bas, dans le landerneau des passionnés, il se murmure ces temps-ci que la 4L pourrait réapparaître bientôt...
De la 4L à l'E-Tech Electric ?

La Renault 4 E-Tech Electric, héritière métamorphosée de la légendaire 4L, fabriquée et vendue en France (entre autres marchés européens) depuis le printemps 2025, pourrait en effet être commercialisée prochainement de l'autre côté de l'Atlantique, en Colombie. A priori toujours par l’intermédiaire de la Sofasa, désormais détenue à 100 % par le Groupe Renault.
Si cette nouvelle se confirmait, car cela reste une hypothèse, cela sonnerait le retour aux sources pour la voiture française qui a marqué des générations de Colombiens. On sait en tout cas qu’une version « démo » de la Renault 4 E-Tech Electric a effectué récemment un parcours test de 1400 km sur les routes colombiennes, avant de recevoir un accueil chaleureux de la foule, début août, lors de la populaire Fête des Fleurs de Medellin.

















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