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Pourquoi ne mourons-nous pas moins sur la route ?

Dans Pratique / Sécurité

Jean Savary

La hausse du nombre de tués l’an passé - et encore en janvier - peut s’expliquer de bien des façons. Mais toutes renvoient à l’état de notre société et à l’évolution de ses mœurs.

Pourquoi ne mourons-nous pas moins sur la route ?

Que dire du dernier bilan 2025 de la Sécurité Routière ? Comme en 2024 et tous les ans – excepté 2023 - depuis le grand creux du covid, le nombre de tués sur la route continue son rebond et vient de dépasser l’étiage de 2019. Si on remonte à 2017, comme le montre le graphique publié ici vendredi on voit que les victimes ne sont plus tout à fait les mêmes.

Le nombre de jeunes (18-24 ans) au bilan diminue à mesure de la baisse de leur poids dans la population des conducteurs. Tout comme celui des seniors (+ de 65 ans) augmente avec son vieillissement. Un peu moins de motards parce qu’il n’y a plus guère de jeunes intéressés par la moto.

On constate aussi que le nombre de cyclistes tués augmente lentement et régulièrement, parallèlement à leur présence dans nos villes et nos campagnes. Plus spectaculaire, l’évolution du nombre d’usagers d’EPDM (trottinettes essentiellement) parmi les morts.

En juillet 2018, j’écrivais en ouverture d’un article « Deux expériences intéressantes de sécurité routière viennent de démarrer en France. L’une vise à vérifier que moins de ruraux périront en roulant à 80 km/h. L’autre permettra de savoir combien de citadins peut tuer la trottinette électrique » Pardon de m’autociter, mais j’ai enfin la réponse pour la seconde question : quatre-vingts morts, soit un octuplement - pardon ce mot n’existe pas : un double quadruplement depuis 2017, quand ils n’étaient que dix.

Pourquoi ne mourons-nous pas moins sur la route ?

La facture du point « cadeau »

Pardon de mon ton blasé, mais je trouve que nous ne nous en tirons pas si mal.

Prenez les automobilistes qui, en janvier 2024, ont pu remonter de 5 km/h leur cruise control sans perdre de point – mais quand même 45 € - pour ces petits excès. J’avais prédit ici que ce point « cadeau » allait tuer. Finalement pas tant que ça : 45 morts de plus en voiture l’an passé et 12 en janvier de cette année.

Je n’écrivais pas que rouler 5 km/h plus vite représentait un péril mortel, seulement que ne plus sanctionner ces petits excès - qui sont de très loin les plus nombreux - allait considérablement desserrer le nœud coulant que représente le permis à points. Lequel est, pour beaucoup de conducteurs, la principale motivation voire la seule, à respecter autrui ainsi que le Code de la route.

Dans les commentaires, on m’affirmait que je racontais n’importe quoi, que 5 petits km/h, pfff, ça ne changerait rien.

Admettons, mais alors pourquoi le nombre de conducteurs et passagers de voiture tués augmente-t-il ? Je vous arrête tout de suite : ce ne sont pas des trottinettistes fous qui les ont écrasés, pas non plus des cyclistes inconscients ou des piétons distraits.

Ah oui, l’état des routes… Elles étaient tellement mieux avant 2024 ?

« Dieu se rit des prières qu’on lui fait pour détourner les malheurs publics, quand on ne s’oppose pas à ce qui se fait pour les attirer. » écrivait Bossuet.

Le grand miracle a déjà eu lieu

Alors, que faire contre ces « malheurs publics » ?

À mon avis, rien qui soit à portée de la délégation interministérielle à la Sécurité routière ou du ministère des Transports. Sauf peut-être supprimer le « point cadeau », mais ça ne fera pas de grand miracle.

Le grand miracle, il a déjà eu lieu. C’était au début des années 2000, quand le nombre de tués avait été divisé par deux et en deux ans par la simple volonté politique de Jacques Chirac : radars automatiques et tolérance zéro. Diminuer la vitesse moyenne a ceci d’efficace qu’elle agit sur toutes les autres causes d’accident.

Il y en a encore pour croire que cette brutale cassure de la courbe des décès s’expliquait par l’amélioration de nos autos et la généralisation depuis quinze ans de l’air bag et de l’ABS. À ceux-là, je suggère d’attendre que la norme GSR2 (freinage d’urgence automatique, correction de trajectoire, alerte de somnolence, etc.) fasse un beau matin crac, boom, hue et bip ! et divise par deux et en deux ans, le nombre de tués.

Une panthère rose à moto

Cela n’arrivera pas. Tout simplement parce qu’au lieu de la combattre, cette technologie participe à ce qui est devenu une cause majeure d’accident : l’abrutisation du conducteur, seule à même d’expliquer comment, avec des voitures et des routes toujours plus sûres, nous ne parvenons pas à moins nous esbigner.
Abruti n’est pas qu’une insulte, ce mot décrit aussi l’état de celui qui a bu deux verres de trop, fumé un joint, sniffé une ligne, pris un cachet, inhalé du protoxyde d’azote ou est à ce point zombifié par son smartphone qu’il pourrait croiser une panthère rose à moto sans s’en apercevoir.

Abruti, c’est aussi ce qui qualifie le mieux l’état de vigilance d’un conducteur qui a parcouru 50 km dans une voiture qui lui corrige ses trajectoires, accélère, ralentit et freine ou permute code/phare à sa place, le nouveau graal du catalogue d’options.

Cette abrutisation ne relève pas de nouvelles sanctions ni de nouveaux dispositifs. Si les gens préfèrent l’ivresse à la lucidité, les paradis artificiels aux plaisirs naturels et le noir miroir de leur smartphone à la compagnie de leurs prochains, c’est que la société est malade.

Le politique y a sa part mais, cette fois, le remède ne relève pas de la Délégation interministérielle à la Sécurité routière.

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