Voiture de fonction : bientôt la fin des berlines de luxe en entreprise ? Un rapport préconise une mesure radicale.
Une étude du Forum Vies Mobiles publiée cette semaine dresse un réquisitoire sévère contre la voiture de fonction. Socialement injuste et écologiquement contestable, ce pilier de la gestion des ressources humaines à la française y est perçue comme une "niche fiscale" à modifier.

Symbole de réussite pour les cadres, levier de fidélisation pour les entreprises, la voiture de fonction est aujourd’hui pointée du doigt. L’étude fleuve, menée par les chercheurs Yoann Demoli, Roxane Adet et Matthieu Bloch pour le Forum Vies Mobiles, révèle un système perverti dont bénéficient seulement 5,8 % des actifs.
Loin d’être un simple outil de travail, le rapport considère la voiture de fonction comme un élément de salaire massivement subventionné par la collectivité.
Un manque à gagner pour les finances publiques
« Pour qui roule la voiture de fonction ? Une impasse sociale, fiscale et écologique ». L’intitulé est sans ambiguïté. L’étude pointe du doigt une niche fiscale qui ne dit pas son nom. Chaque année, le dispositif représente un « manque à gagner de 1,8 milliard d’euros pour les pouvoirs publics. »
La raison ? Une sous-évaluation chronique de l'avantage en nature. « L’administration fiscale fait le pari d’un usage moitié professionnel, moitié privé. En réalité, 70 % des kilomètres sont parcourus pour des motifs personnels », souligne le rapport. Un décalage qui permet aux bénéficiaires d’échapper à une large part de l’impôt et des cotisations.
Un marqueur statutaire à moindre coût fiscal
D’après l’étude la voiture de fonction renforce les clivages sociaux plutôt que de répondre à des besoins de mobilité. « Parmi les actifs français, les 10 % les plus riches sont dix fois plus susceptibles d’en bénéficier que les actifs les plus pauvres. » Les cadres captent 50 % du parc et 75 % des détenteurs de ces véhicules sont des hommes.
« En 2024 près de 70 % des berlines haut de gamme sont achetées par des entreprises (hors loueur et concessionnaires), contre seulement 30 % pour les particuliers. » Et de préciser que cette même année « 4 des 5 Ferrari Daytona, et 7 des 11 Bentley Bentayga vendues en France l’ont été à des entreprises. » Des exemples extrêmes, loin de représenter la réalité du terrain.
Le rapport insiste. « Pour certains dirigeants, la voiture n’est plus un mode de transport, c’est un salon, un marqueur de statut que l’on s’offre à moindre coût fiscal. »
L’illusion de la transition écologique
Même la transition écologique pourtant portée par les entreprises est passée à la moulinette. L’électrification progresse, mais elle est dopée par des aides publiques massives (850 millions d’euros) qui profitent à des véhicules souvent trop lourds et trop chers, souligne l’étude.
Et de dénoncer un « effet rebond ». La gratuité du carburant ou de l’électricité, prise en charge par l’employeur, encourage les bénéficiaires à rouler davantage. Le coût pour les finances publiques de la tonne de CO2 ainsi évitée s’avère bien plus élevé que n’importe quelle autre mesure climatique.
Vers un plafonnement aux modèles à 25 000 € ?
Face à ce constat, le Forum Vies Mobiles propose de plafonner l’avantage fiscal aux véhicules de moins de 25 000 euros. Une proposition qui risque de faire grincer des dents dans les états-majors des entreprises. Mais, selon les auteurs, cela permettrait de réinjecter des milliards dans des solutions de mobilité plus justes et plus durables, comme le crédit mobilité.
Faut-il toucher à cet élément d’attractivité ?
Supprimer ou brider ce dispositif (via un plafond à 25 000 €) reviendrait à amputer le pouvoir d’achat des collaborateurs clés, souligne un chef d’entreprise qui pointe que le coût du travail en France est un des plus élevés d’Europe.
L’auto de fonction perçue comme un outil d’attractivité des talents et aussi un élément de rémunération bien moins taxé qu’un salaire.
















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération