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La beauté des laides - Renault Laguna 3 : le bijou caché dans un emballage raté

Dans Rétro / Géants de l'industrie

Michel Holtz

Comment ruiner la carrière d'une excellente auto ? Renault a trouvé la solution en 2007 en présentant la troisième mouture de sa berline. Personne n'en a vu les attraits, occultés par son dessin baroque. Une formule diplomatique pour désigner un style totalement raté.

- On va prendre un modèle gris sur un fond triste pour la photo. Ça mettra le style en exergue.  - Vous êtes sûr, chef ?
- On va prendre un modèle gris sur un fond triste pour la photo. Ça mettra le style en exergue.  - Vous êtes sûr, chef ?

 

 

Il y a quelques années, le regretté Michel-Antoine Burnier publiait Que le meilleur perde. Sauf que dans son drôle d'ouvrage, le journaliste réservait son éloge de la défaite au monde politique. Il aurait parfaitement pu, dans un deuxième tome, évoquer les ratés de l'industrie en général et de l'automobile en particulier, tant il est parfois apparu que certains dirigeants de grandes marques ont déployé des montagnes d'énergie pour échouer. C'est ce qui s'est passé chez Renault en 2004.

Le lourd héritage de la Laguna 2

Cette année-là, Carlos Ghosn est furieux. Un trait de caractère récurrent chez le P.-D.G. du Losange, sauf que cette fois, sa colère est plutôt légitime : tout le monde se moque de la Laguna, deuxième du nom. Elle est en vente depuis 2001 et rien ne va : l'électronique est chaotique, les moteurs cassent, les turbos défaillent, les boîtes de vitesses sont patraques et les injecteurs fragiles.

Alors le boss tonne et somme ses ingénieurs de concevoir une remplaçante du modèle sans aucun défaut. Il veut et exige que la Laguna 3 soit au top de la fiabilité mondiale du segment. Et c'est une première erreur. L'exigence de qualité n'est évidemment pas en cause, mais le fait de conserver le nom maudit de Laguna est une faute, tant ce patronyme est désormais péjoratif pour le public. La Laguna a une telle réputation que son nom devient synonyme de panne. D'autant que la carrière de cette 2 maudite doit se poursuivre jusqu'en 2007, lorsque la 3 sera prête.

Il convient de produire une image dynamique de l'auto. Ce qui permet de donner une impression de jeunesse à une voiture qui en manque.
Il convient de produire une image dynamique de l'auto. Ce qui permet de donner une impression de jeunesse à une voiture qui en manque.

À cette première erreur va s'en ajouter une autre, tout aussi fatale. Le design de la future berline Renault est logiquement confié aux équipes de Patrick Le Quément, qui ont fort bien réussi le dessin des deux précédentes Laguna. C'est même la seule qualité de la deuxième du nom.

Sauf que dans ces années-là, le design auto se cherche, et pas seulement chez Renault. Les lignes molles des années quatre-vingt-dix sont devenues ringardes, les traits tendus qui lui succèdent sont balbutiants, et le néorétro n'est pas encore au rendez-vous. La période est au moche, en témoigne la première Citroën C5.

Une face avant compliquée, un arrière raplapla

Sauf que la berline ratée des Chevrons a débarqué en l'an 2000. Et celle de Renault est apparue 7 ans plus tard, sans avoir retenu la leçon : proposer une voiture moche est le plus court chemin vers le flop.

Alors, en 2007, lorsque la Laguna 3 paraît, les avis ne sont pas du tout partagés. Son avant complexe, mélangeant un capot plongeant et arrondi à des feux débordant sur les ailes, déplaît à tous. Même punition pour l'arrière dessiné au marteau. Seule cohérence entre la poupe et la proue : les optiques énormes qui elles aussi dépassent sur les ailes.

Pas grave, chez Renault on est persuadé que l'auto est fabriquée dans le bois dont on fait les best-sellers. On fixe des objectifs audacieux : entre 160 000 et 180 000 modèles vendus par an. À Sandouville, qui assemble la voiture, on attend les commandes.

Le coupé Laguna et son arrière inspiré d'Aston Martin, selon quelques observateurs myopes.
Le coupé Laguna et son arrière inspiré d'Aston Martin, selon quelques observateurs myopes.

Mais on déchante rapidement. De son lancement jusqu'à la fin de sa carrière, il ne s'en vendra pas plus de 350 000, soit 50 000 par an. Pourtant, fin 2007, l'arrivée de l'Estate, le break dans la nomenclature Renault, répare un peu les dégâts stylistiques ; mais il ne dope pas les ventes. Pas plus que le coupé, arrivé à la rescousse en 2008 et censé redonner une bonne image à la gamme tout entière.

En 2010, un restylage bienvenu modifiera quelque peu la très controversée face avant, avec une calandre façon Audi et des feux moins protubérants. Mais rien n'y fait. En 2015, la Laguna disparaît et le nom même de la voiture est abandonné. Enfin.

Celle qui lui succède s'appelle Talisman. Un nom qui doit porter chance. Hélas, cette dernière n'aura pas de descendante. Son nom n'est pas en cause, pas plus son design. Mais l'époque n''est plus aux berlines.

Des modèles neufs bradés et des occasions données

Quelques années ont passé, mais nos routes n'ont pas oublié la Laguna 3. Car la plupart des trop peu d'exemplaires vendus circulent toujours. C'est que dans cette triste affaire, Renault a au moins réussi une chose : concevoir une auto fiable. Et pas seulement. Elle dispose d'un châssis aux petits oignons. Dans sa version GT, elle a aussi, et de série, quatre roues directrices. Les moteurs diesel et essence ont la puissance qu'il faut.

Les heureux propriétaires de cette auto n'ont que deux reproches à faire à la marque : avoir dessiné une auto à l'emporte-pièce, et avoir gardé le maudit nom de Laguna. Mais ils devraient pardonner à l'ex-Régie ses erreurs. Si l'auto avait été plus jolie et n'avait pas porté un nom qui porte malheur, ils auraient dû l'acheter plus cher. Car les derniers modèles neufs étaient bradés et les occasions sont données.

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