Le reconditionnement, l’autre nom de la voiture d’occasion ?
Après le smartphone, l’automobile succombe au reconditionnement et à « l’économie circulaire ». Renault, Stellantis et désormais Toyota transforment leurs usines historiques pour redonner une seconde vie à des véhicules de 7 ans. Mais entre l’occasion classique et le neuf, ces voitures parviendront-elles à séduire les automobilistes malgré un prix plus élevé que les secondes mains habituelles ? Plongée dans le Derbyschire, dans les coulisses d’un pari industriel.

La téléphonie, l’informatique, le vélo et l’électroménager ont plongé. Et l’automobile est en train d’en faire autant. Les produits reconditionnés ont le vent en poupe, mais ce qui fonctionne pour un smartphone, a-t-il une chance de succès pour une voiture ?
C’est en tout cas le défi que se sont lancé Stellantis, Renault et, le dernier en date, Toyota. Sauf que la deuxième main dans l’automobile est une vieille histoire, et un marché parfaitement structuré depuis des dizaines d’années. Mais à force de voir ce business leur échapper, puisque, en moyenne, pour une voiture neuve distribuée, il s’en vend 3,4 d’occasion, les marques tentent de se l’approprier.
Les multiples avantages de l'« économie circulaire »
Après avoir investi dans des officines spécialisées dans le domaine (Spoticar et Aramis pour Stellantis et Reezocar pour Renault), ces constructeurs se sont dit, bon sang mais c’est bien sûr : reconditionnons et revendons nous-même, comme Apple et les autres.
Et non seulement, c’est une opération vertueuse en termes d’environnement, mais en plus, cette « économie circulaire », puisque c’est ainsi qu’on la désigne, a une excellente image auprès du public. Et ce n’est pas tout : cette nouvelle donne permet aux grandes entreprises, aux travers de bons critères ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance), de bénéficier de taux d’intérêt plus bas et d’une meilleure valorisation boursière.
Aucune hésitation donc. Stellantis a transformé son usine de Turin pour reconditionner ses autos européennes, Renault en fait autant à Flins, et Toyota vient à son tour de céder à cette marotte dans son usine de Burnaston en Angleterre. L’énorme unité de production du Derbyshire, capable de produire 10 000 Corolla par semaine a repoussé ses murs pour faire place à un grand atelier de « used vehicles refurbishment », les fameuses autos reconditionnées.

La méthode est simple. « On rachète des autos âgées de 5 mois à 15 ans, avec une moyenne de 7 ans et on les examine consciencieusement » explique Leon van der Meersche. Il est vice-président de Toyota Europe chargé de la fameuse économie circulaire et il a lancé l’idée : « reconditionner 10 000 autos cette année et 12 000 l’an prochain ». Des autos destinées à l’Angleterre et vendues en Angleterre seulement pour le moment. Des Toyota seulement ? « dans un premier temps oui, avant de nous ouvrir à d’autres marques ». Et si, elles sont thermiques et hybrides pour le moment, elles devraient être électriques bientôt.
La transformation des autos s’effectue ici à Burnaston mais, dès le quatrième trimestre d’autres seront métamorphosées en Pologne, dans une usine de moteurs du groupe qui, elle aussi, sera en partie reconvertie et affiche des ambitions similaires.
Mais comment les vieilles citrouilles se transforment-elles en carrosses ? Il n’y a pas de recette miracle. Par la grâce de salariés spécialement chargés de leur redonner un coup d’éclat, de carrossiers dont le rôle et de les débossseler et de mécaniciens susceptibles de changer quelques pièces mécaniques elles retrouvent une deuxième vie.
Mais trop de mécanique tue la rentabilité. Après un diagnostic, celles qui sont financièrement inaptes, car trop chères à retaper, prennent la direction d’une énorme presse d’où elles ressortent sous la forme de cubes comparable à des Césars d’un mètre de haut.
Le pari d’une future rentabilité
Mais avant cela, elles sont totalement désossées. Plastique, alu et ferraille sont triés, et ce qui peut être recyclé est livré à des ONG britanniques qui se chargent de la transformation. Des matériaux recyclés qui sont ensuite réutilisés pour fabriquer, entre autres, des nouvelles Corolla, d’où le côté circulaire de cette fameuse économie.
Mais en ce qui concerne les autos reconditionnées, Leon van der Meersche avoue faire un pari : celui de la rentabilité qu’il espère dans 6 ans. Car la partie n’est pas encore gagnée. Ces autos du troisième type doivent trouver leur place entre les voitures neuves et les modèles d’occasion, moins chères que les premières, mais en affichant un tarif plus élevé que les secondes.
Quelqu’un est-il susceptible d’acheter une Corolla de 2023 affichant 22 000 km au prix de 23040 livres, soit 26 640 euros, toute reconditionnés soit elle ? De la vente rapide, ou non, de ce modèle destiné au personnel de Burnaston dépendra, peut-être et en partie, le pari du vice-président.
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