Mondial de l'auto 2026 : autant de marques chinoises qu’européennes, un tournant effrayant ?
Alors que les constructeurs de l’empire du Milieu débarquent en force à la Porte de Versailles, des constructeurs européens boudent l’événement et certains, à l’instar de Porsche, se réfugient dans le très haut de gamme. En choisissant de vendre moins mais plus cher pour échapper à la concurrence asiatique, l’industrie automobile européenne prend le risque d’un choc social dévastateur et d’un abandon pur et simple du marché populaire.

C’est une égalité presque parfaite. Dès mardi, les visiteurs du Mondial 2026 pourront compter, peu ou prou, autant de marques chinoises qu’européennes dans les halls de la Porte de Versailles, si l’on inclut Volvo, Smart et Lotus passées dans l’escarcelle chinoise.
C’est évidemment une grande première et les constructeurs de l’empire du Milieu remercient chaudement Maserati, Porsche, Mini, BMW et Jaguar-Land Rover de ne pas faire le déplacement en leur faisant de l’ombre.
Les Européens qui jettent le gant
Ces marques absentes connaissent certes des difficultés économiques, mais, en plus hormis Maserati, englué dans des soucis qui dépassent largement la muraille de Chine, ce sont justement les marques de Pékin, entre autres, qui les ont mis dans la panade puisque c’est sur cet énorme marché asiatique qu’ils ont perdu le plus de plumes et de parts de marché.
On ne saurait penser que leur absence est une façon de jeter le gant face à ceux qui, de mois en mois, grappillent des parts de marché en Europe et empiètent sur leurs spécificités de style pour vendre ici des simili-Range Rover, parfois moins chers, car mieux équipés que des Dacia.
Alors, ils lâchent l’affaire et revoient leur stratégie. Comme Porsche, qui snobe Paris, comme il snobe son marché traditionnel pour aller plus haut encore dans les sphères du luxe et tenter d’échapper aux marques chinoises qui n’investissent que parcimonieusement ce terrain.
Le nouveau dada de Porsche ? Le « value over volume ». Cette qualité plutôt que la quantité qui implique des ventes plus restreintes et un prix à l’unité plus élevé. Mais aussi, évidemment, une masse salariée moins importante. Porsche deviendra-t-il, à terme, le Lamborghini allemand ? Pourquoi pas.

Mais cette fuite en avant vers toujours plus de haut de gamme, peut également cacher un scénario terrifiant pour l’industrie auto européenne s’il vient à se généraliser. Car si les constructeurs d’ici entendent se distinguer des marques de là-bas en augmentant leurs tarifs et en vendant moins, le réveil social sera brutal, et pas seulement en Allemagne.
Selon l’ACEA (le syndicat des constructeurs européens), la filière emploie directement ou indirectement au travers des équipementiers, 3,5 millions de personnes. En misant sur le luxe pour les uns et le premium pour les autres, le carnage risque d’être redoutable. À titre de comparaison, Lamborghini emploie aujourd’hui 3 200 personnes, contre 41 000 chez Porsche.
Pékin accepte d’exporter deux fois moins d’autos vers l’Europe, mais ne renonce pas à les fabriquer ici
Que feront les salariés débarqués de Zuffenhausen, et tous ceux des marques qui auront décidé de monter en gamme pour tenter de s’en sortir ? Ils iront, pour certains d’entre eux, travailler dans les usines que Byd, Chery, Dongfeng et les autres auront implantées en Europe. Des unités de production qui devraient se multiplier puisque Bruxelles et l’UE viennent de se taper dans la main pour que la Chine diminue de moitié ses exportations vers chez nous. Leurs autos ne viendront plus de là-bas, mais seront directement fabriquées en Europe.
Mais tout le monde ne pourra pas rouler en Lamborghini, Porsche ou même en Peugeot, Renault ou Volkswagen quand ces marques auront décidé de tirer leur production vers le haut. Une stratégie qui a d’ailleurs fait les preuves de son inefficacité lorsque le lion, sous l’égide de Carlos Tavares, a tenté de la mettre en place. Quant aux Dacia, Citroën et Fiat, existeront-elles encore lorsque l’ogre chinois aura fini de tisser sa toile sur le Vieux Continent à coups de tarifs plus imbattables que les leurs ?
Cette population qui, aujourd’hui s’offre des marques pas trop chères d’ici, roulera en auto de là-bas. Des autos qu’ils iront admirer au Mondial de l’auto 2030 ou 2032. Au fait, en bon mandarin, Mondial de l’auto de Paris s’écrit 巴黎国际车展.














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