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Peugeot 1007 : Les portes de l’enfer ne se referment pas toujours quand elles arrivent à s’ouvrir

Dans Rétro / Autres actu rétro

Lionel Bret

SÉRIE DE L’ÉTÉ. Toute l’année, nous, journalistes de Caradisiac jugeons les nouveautés selon une grille de notation précise, qui nous permet d’établir des avis les plus objectifs possibles. Mais une voiture, c’est aussi - surtout - une question de coup de cœur, et on peut s’attacher à un modèle en dépit de ses défauts (look, image de marque…). Cette série d’été permet aux membres de la rédaction de déclarer leur flamme à la voiture de leur choix, en toute mauvaise foi si besoin. Aujourd’hui, on prend le volant la Peugeot 1007. Direction les portes de l’enfer.

Peugeot 1007 : Les portes de l’enfer ne se referment pas toujours quand elles arrivent à s’ouvrir
La Peugeot 1007 au salon de l'auto de Paris 2004 ©Le Parisien Maxppp

Tout commence comme un conte de fées. Un ami missionné à l’étranger me propose d’adopter sa 1007 pour quelques mois. Bénéficier d’une voiture gratos, ça ne se refuse pas quand on est aussi fauché que les blés.

Cette Peugeot avait à mes yeux les attributs de la coolitude et l’avant-goût de l’évasion. L’ami Jean-Luc m’avait bien prévenu de quelques « petits soucis » réglés depuis.

Entre Miss Italie 2006, Claudia Andreatti, et la Peugeot 1007, c’est la vie en rose ©Giorgio Benvenu/EPA/Maxppp
Entre Miss Italie 2006, Claudia Andreatti, et la Peugeot 1007, c’est la vie en rose ©Giorgio Benvenu/EPA/Maxppp

Le sumo apathique

Passons sur la couleur Orange Salamandre et le fameux kit Caméléon. Le goût et les couleurs ça ne se discute pas. Quoi que… C’est au quotidien que la 1007 prend tout son sel.

Avant de pouvoir l’utiliser, je n’avais fait que quelques voyages à bord comme passager. La Peugeot 1007 m’avait séduit par l’ingéniosité et la praticité de ses portes électriques coulissantes automatiques. Les 75 cv du petit moteur de 1.4 l me paraissaient guère vaillant. Mais ayant précédemment goûté le bloc TU3 sur une Peugeot 206, je mettais cette apathie sur le compte du conducteur. Sauf que non !

L’anémie moteur relève du crime contre la physique commis par Peugeot. Comment le constructeur avait-il pu imaginer que pareil moulin pouvait tracter dignement une voiture de 1,3 tonne (loin de 950 kg de la 206).

Enfoncer l’accélérateur ne produit rien qui puisse être qualifié d’accélération. Le quatre cylindres s’égosille dans un râle d’agonie avant que le carrosse ne s’ébranle dans une lenteur théâtrale. Avec plus de deux passagers, le moindre faux plat revient à jouer à chat avec n’importe quel gros cube collé au cul. Doubler revenait à se lancer dans un exercice de kilomètre lancé.

La boîte à bêtises

S’insérer sur une autoroute ou une voie rapide relève du pacte faustien, voire de l’opération suicide si nous sommes quatre à bord. La chignole est tellement poussive qu’en fin de voie d’accélération, il m’est arrivé de continuer à rouler sur la bande d’arrêt d’urgence pour laisser passer deux camions lancés de front.

Il faut dire que la boîte robotisée 2-Tronic est un chef-d’œuvre de masochisme. Chaque changement de rapport s’effectue à la vitesse d’un paresseux anémié laissant la voiture sans jus avant qu’un à-coup mou lui redonne de l’allant. Mais le vrai théâtre de la folie se joue sur les côtés, avec les portes coulissantes électriques, guest-stars au générique du film des emmerdes.

Les portes de l’enfer

Bip-bip-bip. Le signal sonore retentit, lancinant alors que le tableau de bord affiche un inquiétant "porte latérale défaillante". L’actionneur électrique de la gâche refus de déverrouiller. Par un matin d’hiver (-3°C) le joint s’était collé. La porte s’est entrouverte de trois centimètres avant que le calculateur BSI, paniqué par la résistance, n’ordonne sa fermeture. S’ensuit un ballet iconoclaste d’entrouvertures et de fermetures. J’ai également eu droit à la porte mi-ouverte, mi-close, restant benoîtement entre deux états. Sans parler des vibrations et des bruits qui s’en échappaient.

En 6 mois j’ai tout essayé. Graisser la glissière, débrancher et rebrancher la batterie, ouvrir la porte manuellement jusqu’à la butée, réinitialiser le BSI, vérifiier et revérifier les fusibles, nettoyer le contacteur à l’alcool. Tout ça pour bénéficier de petits moments de répit, accueillis comme de doux présages, avant que tout se détraque de nouveau. Finalement j’ai fait chuinter le système pour ouvrir qu’en mode manuel façon fourgon.

Le syndrome de Stockholm

À force de la côtoyer, j’ai développé une sorte de syndrome de Stockholm face à celle qui me prenait en otage par ses turpitudes. Après l’avoir maudit, j’en étais même venu à lui parler, à l’implorer de ne pas déconner.

J’essayais d’anticiper ses caprices, de déjouer ses vices. Et finalement d’en apprécier ses services. Si, si, elle m’en a rendu. Les portes coulissantes électriques quand elles fonctionnent c’est top. Ses 3,73 mètres n’ont pas leur pareil pour se faufiler et se garer dans les angles morts. En usage urbain, même son apathie a fini par me séduire.

Ce n’est pas moi qui l’ai dompté, mais l’inverse. Avec elle j’ai appris la fatalité, la patience, la tolérance, la résilience. J’ai même réappris à conduire autrement une voiture absurde mais attachante… Du moins avec le recul des années passées.

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