Pourquoi le ralentissement des immatriculations en flottes risque d'assécher le marché de l’occasion en modèles récents
En réduisant drastiquement leurs flottes et en prolongeant la durée de vie de leurs véhicules, les entreprises françaises vont-elles tarir le gisement historique de la seconde main. Entre pénurie de modèles thermiques et chute des valeurs résiduelles de l’électrique, le réveil risque de s’annoncer brutal pour les automobilistes.

Durant des décennies, le marché de l’occasion français a ronronné grâce à une mécanique de précision. Les entreprises achetaient du neuf, le conservaient trois ans, puis déversaient ces véhicules récents — soigneusement entretenus — sur le marché de la seconde main. Ce flux continu permettait aux foyers français d’accéder à un véhicule moderne sans subir la décote foudroyante du neuf.
Mais ce cycle vertueux est en train de se gripper. En décidant massivement de réduire la taille de leurs parcs et d’allonger la durée de détention de leurs voitures — passée de 4,8 ans à 5,4 ans en moyenne en seulement deux exercices — les entreprises françaises seraient-elles en train de fermer le robinet qui alimentait jusqu’ici les parcs des revendeurs ? C’est un effet de domino que les experts du secteur observent avec circonspection.
Le moteur des flottes à l’arrêt
Environ 60 % à 70 % des occasions de moins de trois ans proviennent des retours de location longue durée (LLD) et des flottes d’entreprises. Or, ce canal vital est au plus mal. En 2025, le marché B2B a accusé un repli de 8,6 %. Avec seulement 725 000 à la route il est retombé à des niveaux de crise de l’après-Covid. Ce coup de frein frappe au cœur : les voitures particulières (VP) en entreprises ont dévissé de plus de 10 %. Le secteur des flottes plonge presque deux fois plus vite que le marché global.
Et la tendance ne s’arrange pas en 2026. Au premier trimestre, le marché recule encore de 6,18 %. Pour les seuls véhicules particuliers, c’est une véritable dégringolade de 10,59 %. Le pessimisme est désormais ancré : selon le baromètre d’Arval, 29 % des grandes entreprises envisagent de réduire la taille de leur flotte de voitures particulières cette année. Dans le pire des scénarios, les immatriculations en flottes pourraient s’effondrer à 480 000 unités en 2026, contre plus de 700 000 auparavant.
La fin du gisement des occasions récentes
" On voit sur le marché de l’occasion qu’il y a un manque de véhicules récents ", analyse Marie-Laure Nivot, Responsable Intelligence Marché chez AAADATA, l’organisme de référence pour les données d’immatriculations. A cette raréfaction de l'offre, s'ajoute la forte inflation des véhicules neufs qui se répercute sur le marché de l'occasion. Cela tire les prix vers le haut, rendant la seconde main " moins avantageuse qu’elle n’aurait pu l’être ".
Le paradoxe est là : alors que le neuf devient inabordable, l’occasion récente suit la même trajectoire inflationniste. Selon le cabinet Moody’s Analytics, le prix moyen d’un VO devrait encore grimper de plus de 20 % d’ici à 2035, rappelle dans Caradisiac Jean Savary. Résultat, les Français se tournent vers des véhicules de plus en plus âgés.
Fin 2025, les voitures de plus de 15 ans représentaient plus de 30 % du marché, un bond de près de 11 % en un an. La moitié des acheteurs se cantonnent désormais à des modèles de plus de 10 ans, faute de moyens.
L’électrique, le piège de la valeur résiduelle
Au cœur de cette crise, le passage forcé au 100 % électrique crée un séisme sur les valeurs résiduelles. Les entreprises ont joué le jeu de la transition, mais qui rachètera ces modèles à batteries dans trois ans ? L’appétence des particuliers pour les véhicules électriques d’occasion ne suit pas la cadence imposée aux flottes.
Le marché risque d’être en plus engorgé par le retour des 100 000 véhicules issus du leasing social entre 2027 et 2028. Ces voitures, proposées à des loyers ultra-compétitifs, viendront concurrencer frontalement les retours de LLD classiques, accélérant encore la décote des modèles électriques.
Pour les leasers, le spectre de pertes sèches est réel. Pour tenter de sauver les meubles et écouler leurs VE sans brader les prix, ils misent sur le Re-lease : un second, voire un troisième contrat de location pour une voiture de seconde main, avec un loyer inférieur de 30 % au neuf. " Cela se développe fortement ", confirme Marie-Laure Nivot, même si le phénomène demeure encore marginal en entreprises.
Il n’empêche, les sociétés optimisent ainsi de plus en plus leurs contrats et conservent les voitures plus longtemps en parc. En gardant les véhicules 60 ou 72 mois en parc au lieu de 36, les bailleurs retardent l’échéance de la revente, et risque d'assècher un peu plus un marché de l’occasion en modèles récents.


















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