Pourquoi tant de gens se sont déplacés pour assister aux 24 heures du Mans ?
Avec un record de 350 105 billets vendus le week-end dernier, les 24-Heures du Mans ont écrasé le Grand Prix de Monaco en matière d’affluence. Pourtant boudée par les grandes chaînes généralistes et portée par des pilotes inconnus du grand public, l’épreuve sarthoise a fait le plein. Plus qu’un succès sportif, ce triomphe populaire face au strass monégasque révèle une véritable fracture culturelle et sociale. Deux salles, deux ambiances, et une sacrée leçon de sociologie.

Est-ce un record ? Nul ne le sait, l’ACO a beau expliquer que dans les années 60, les 24h du Mans attiraient bon an mal 500 000 spectateurs, les chiffres sont difficiles à vérifier puisqu’à l’époque, les spectateurs se regroupaient au bord du bitume des 13 kilomètres de la boucle avec beaucoup moins de sécurité qu’aujourd’hui, et donc de contrôle des billets. Ce n’était donc qu’une estimation au doigt mouillé.
Mais le week-end dernier, les compteurs ont tourné, les billets ont été enregistrés et les organisateurs ont vendu exactement 350 105 tickets d’entrée en battant, au passage, le précédent record officiel qui remonte à 2015. Mais qu’est ce qui s’est passé dans la Sarthe pour justifier ce succès ?
Une course populaire, l’autre moins
Car voilà une épreuve qui passe (un peu) sous les radars médiatiques depuis quelque temps. L’époque ou le départ de la course et son arrivée était retransmise en direct sur France Télévisions est révolue. Certes, la chaîne l’Équipe retransmet 18 h sur 24 de l’épreuve mais ses audiences ne sont pas comparables avec celle d’une généraliste.
Et pourtant, les spectateurs sont venus, même sans tapage médiatique. D’ailleurs, il suffit de poser la question à un quidam dans la rue. Le nom du vainqueur des 24 h ? Inconnu au bataillon. En plus ils sont trois à avoir fait gagner leur Toyota. Kamui Kobayashi, Mike Conway et Nyck de Vries peuvent se promener tranquillement en allant faire leurs courses après la course : personne ne les reconnaîtra.
Et pourtant, les spectateurs sont venus au Mans en beaucoup plus grand nombre qu’au Grand Pirx de Monaco qui s’est tenu une semaine avant. Les organisateurs monégasques n’ont pas trop communiqué sur les chiffres de fréquentation de l’édition de cette année, mais ils s’établiraient à 100 000 entrées payantes, tout en bénéficiant du barnum médiatique dévolu à la discipline reine. Une discipline dont tout le monde connaît les stars.

Et pourtant, les spectateurs n’y sont pas allés, du moins pas en masse. Ils ont préféré Le Mans ou les édiles de l’ACO expliquent que le succès sarthois est lié au retour des grandes écuries qui se bousculent au rayon hypercars. D’Aston à Porsche en passant par Ferrari en passant par BMW, il ne manquait pas grand monde sur la grille. Mais la F1 compte aussi son lot de constructeurs officiels. L’explication des organisateurs des 24 h est donc un peu courte.
Et si la réussite mancelle était plutôt le signe d’un retour de la bonne vieille lutte des classes qui n’a peut-être jamais disparu d’ailleurs. Car d’un côté on retrouve le chic monégasque, ou plutôt le bling-bling de la Principauté, qui se reflète, et s’exacerbe, pendant le grand prix. Un ticket d’entrée pour la course du dimanche ? 300 euros en moyenne, plus du double du sésame nécessaire pour accéder au Mans pendant une semaine entière.
À ce tarif s’ajoutent les à-côtés et l’hébergement. Planter sa Quechua dans la Principauté avant et pendant le Grand Prix ? Vous n’y pensez pas ma chère. Aux 24 heures c’est possible et même encouragé dans tous les campings autour du circuit.
Et puis il y a ce truc indéfinissable, qui s’est forgé dans la Sarthe comme sur la Riviera : une ambiance opposée. À Monaco on ne se permettrait pas le bob Ricard et le T-Shirt Guiness. Au Mans on ose tout, les fringues improbables, les frites froides et la bière tiède. C’est pour ça que trois fois plus de spectateurs ont payé pour en être, et que trois fois moins ont choisi le rocher.
Deux salles deux ambiances
Des ambiances différentes même si dans les deux cas, les hopitality et les loges Vip accueillent parfois les mêmes happy fews. Sauf qu’à Monaco ils sont aussi dans les tribunes traditionnelles.
Cette différence de culture entre les deux épreuves, et surtout entre les deux publics, devrait peut-être inciter ce peut-être prétendant à l’Élysée, accompagné de sa fiancée bardée de titres de noblesse à réviser quelque peu ses destinations de week-ends, lui qui se targue de « parler au peuple ».
Quoi qu’il en soit, la réussite du Mans révèle aussi une autre fracture : celle de la starification, de la médiatisation extrême que l’on connaît de la F1, entre Canal +, Netflix et les autres, en rupture avec les vrais goûts, et les véritables aspirations des vraies gens. La France privilégiée face à la France périphérique. Parfois de simples courses automobiles en disent beaucoup sur la société où elles se déroulent.

















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