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« S’il vous plaît, dessine-moi une Opel… »

Dans Economie / Politique / Marché

Michel Holtz

Pour paraphraser Le petit prince de Saint Ex, qui avait une fâcheuse tendance à confondre le singulier et le pluriel, mettons-nous à la place de l’aviateur bien embêté pour dessiner une auto made in Rüsselsheim en raison de son manque absolu d’image. Et pourtant, la marque réussit plutôt bien ces temps-ci dans un univers pourtant morose. Un mystère ?

« S’il vous plaît, dessine-moi une Opel… »
L'Opel Frontera (ici en version électrique). La voiture de l'homme invisible ?

Alfa Romeo, on connaît, et ses conducteurs aussi, plutôt adeptes du plaisir au volant. On arrive aussi à situer Citroën, son histoire comme l’âge élevé de ses clients, tout comme Peugeot ou même Renault. Sans parler du trio premium allemand.

Toutes ces marques ont une image, valorisante ou pas. Mais quid d’Opel ? Quid de ce constructeur allemand qui pourtant fabrique des autos depuis bientôt 130 ans ?

Les ailes du désir coupées

Voilà une marque pour qui, même ses dirigeants d’aujourd’hui, comme d’hier, ont du mal à obtenir une carte d’identité. Ils ont, et ont toujours eu, des circonstances atténuantes car le blitz est ballotté au gré des décisions des uns, et des indécisions des autres. Comme si une espèce de malédiction flottait sur Rüsselsheim, fief d’une marque, qui n’est plus maître de son destin depuis 1929. Presque cent ans d’asservissement ça vous coupe les ailes du désir.

Un siècle pendant lequel, sous la coupe de General Motors, puis, depuis 2017, sous casaque PSA puis Stellantis, la marque a vécu du diktat du premier qui ponctionnait allègrement ses technologies et ses bénéfices, lorsqu’il en faisait. Quant au second, devenu Stellantis, il a débarqué en appliquant le même principe qu’à ses autres marques : uniformiser la production européenne pour ne plus voir qu’une seule tête de Turin à Poissy, en passant par Rüsselsheim.

Alors Opel fait contre bonne fortune bon cœur et produit, depuis des décennies, des autos moyennes qui furent tantôt des bides, tantôt des succès et même parfois de jolis modèles comme la Calibra.

Un jour, Opel a produit de jolies autos. La preuve par la Calibra.
Un jour, Opel a produit de jolies autos. La preuve par la Calibra.

Mais qui a envie d’acheter une voiture moyenne ? Un vieux proverbe alsacien qui n’a plus court et date du temps des Kadett et des Rekord, disait « jeder dodel fährt ein Opel » que l’on pourrait traduire par « tous les imbéciles roulent en Opel ». Les Strasbourgeois n’ont pas toujours le sens de la nuance, mais l’adage témoigne bien du malaise et de ce manque d’image. Et pourtant.

Dans cette période pour le moins chahuteuse, la marque fait mieux que survivre : elle en remontre aux autres avec un bond des ventes de 11,8 % de ses ventes au premier semestre de cette année (alors que Peugeot, ce grand frère hautain baisse de 8 %). Opel – et Vauxhall - ont écoulé 231 000 autos. Mieux : en Angleterre et en Allemagne la Corsa est leader des citadines. Quant à la kyrielle de SUV (Mokka, Frontera et Grandland), ils ont vu leurs ventes bondir de 37 %.

Que s’est-il donc passé pour que cette marque transparente revienne au premier plan ? Les remises consenties aux acheteurs n’y sont certes pas pour rien. Mais il s’est produit un autre phénomène qui est peut-être lié à la fin de la frime automobile.

Impressionner son voisin en garant devant son garage sa nouvelle acquisition n’a peut-être plus court. Le fameux « dis-moi ce que tu conduis et je te dirais ce que tu es » est peut-être un truc d’un autre siècle, comme le dicton alsacien.

Du coup, les clients rejettent l’image de marque, de toutes les marques. Terminé le goût pour les faces agressives des Peugeot qui voudraient tant se donner des allures de lionne. Oubliées les Citroën à l’image de pantoufle charentaise.

Acheter une auto comme on achète un lave-linge : pragmatiquement

Les clients veulent des autos qui ne ressemblent à rien, comme ils achètent un appareil électroménager en se foutant de sa ligne comme de leur première lessive. Il en va peut-être de même pour une Opel.

Aujourd’hui, une auto doit se contenter de faire le job, d’embarquer la famille en vacances et la belle-mère le dimanche. Ce que Rüsselsheim a peut-être compris après tant d’errements. Comme Skoda, dans le groupe VW, l’a compris aussi, en adoptant un no design qui lui a plutôt réussi.

Mais qu’est ce qui a bien pu mettre les dirigeants de Rüsselsheim sur la voie ? Peut-être quelques clients comme celui que nous avons croisé. Un adepte de Peugeot, mais qui avait autant en horreur l’i-cockpit et le côté tape à l’œil de la 208. Alors il s’est tourné vers une Corsa qui lui fournissait le même service, en moins m’as-tu-vu et en moins cher. Parfois, en faire moins, c’est tout aussi bien.

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