Ventes Dacia en berne : et si c’était la faute au Duster
Habitué aux succès retentissants, Dacia traverse une zone de turbulences avec des ventes en baisse depuis le début de l’année. Si la concurrence chinoise et l’essor de l’électrique sont souvent pointés du doigt, la véritable cause du malaise pourrait bien venir de l’intérieur : le Duster, véritable pilier de la marque, voit ses clients se détourner vers ses rivaux et être attirés par le nouveau Bigster. Décryptage d’une cannibalisation fratricide.

On a tout dit, et tout écrit, pour expliquer son trou d’air. Avec une baisse des ventes de 16 % au premier trimestre, et même si l’hémorragie s’est calmée pour atteindre - 8 % sur les 7 premiers mois de cette année, 2026 ressemble à une déculottée pour Dacia.
C’est que pour une marque (la seule hors quelques luxueuses exceptions comme Ferrari) qui a pris l’habitude de voler de succès en record depuis vingt ans, la moindre défaillance est immédiatement montrée du doigt. Une rançon de la gloire qui pousse tous les observateurs à chercher le coupable. Est-il chinois ? Est-il lié à une stratégie produits défaillante ou à un vieillissement des modèles ?
La faute aux Chinois et à la météo ?
C’est un peu tout à la fois, et l’on a même accusé la météo et les tempêtes qui ont secoué le détroit de Gibraltar auraient empêché les livraisons de l’usine de Tanger en Europe. Soit.
Mais il est peut-être un autre élément trop souvent négligé dans cette déconvenue : il s’appelle Duster. En 16 ans d’existence, et trois générations, il a dominé sans partage. Le SUV B a réellement démocratisé la petite familiale haute sur patte, tout en étant l’auto sur laquelle Dacia comptait pour faire sa pelote et ses marges.
Mais sur les 7 premiers mois de cette année, c’est le déclin : ses ventes ont baissé de 23 %, et même de 41 % au mois de janvier en France. Le grain en Méditerranée n’y est pour rien puisque le Duster est fabriqué en Roumanie, et, pour les modèles rebadgés Renault, en Turquie.
Alors que s’est-il passé ? On peut bien entendu accuser les Chinois et le trio Jaecoo, Omoda et Chery commencent à faire beaucoup de mal aux Roumains, avec des tarifs très proches, voire inférieurs sur certaines gammes et une offre d’équipements supérieure.

L’autre fautif est la fée électricité. Avec des parts de marché au-delà de 30 % depuis le déclenchement de la guerre en Iran, le VE attire et ces nouveaux clients détournent les yeux d’autres modèles thermiques, dont le Duster, classé 9e dans les meilleures ventes françaises l’an passé, et qui a régressé à la quinzième place cette année.
Mais la concurrence n’est pas uniquement équipée de batteries, elle se cache dans les rangs mêmes du constructeur et s’appelle Bigster. Depuis le début de cette année, il a enregistré 52 430 ventes, avec une hausse de 100 % par rapport à l’année précédente ou il débutait sa carrière.
En quelques mois, il est devenu le SUV du segment C le plus vendu aux particuliers en Europe, grâce, en partie, aux propriétaires du Duster qui ont renouvelé leur voiture, Car au moment de changer leur bon vieux Duster 2, nombre d’entre eux ont délaissé le 3 et se sont tournés vers le Bigster, un peu plus cher (à partir de 25 000 euros) mais plus grand, à l’aspect plus cossu, et sous les feux de la rampe de l’actu des nouveautés.
En plus, les similitudes entre les deux autos sont importantes, puisqu’elles sortent, à quelques exceptions de longueur et d’équipements près, du même moule. Autant de bonnes raisons de craquer pour le Bigster plutôt que pour le Duster.
Un rival peut en cacher un autre
Et puis, comme un malheur n’arrive jamais seul, un autre rival pointe le bout de son capot. Il s’appelle Striker et n’est autre que la version SUV coupé du Bigster. En plus, lui aussi démarre autour de 25 000 euros (et sera présent sur le stand Dacia au Mondial de Paris). Et devrait piquer encore plus de clients au Duster.
Évidemment, ce coup de mou du petit SUV emblématique de la marque n’est pas seul responsable du trou d’air que Dacia traverse en ce moment. Le manque de modèles électriques que la Spring 2 va tenter de corriger, tout comme l’offensive chinoise sur les hybrides sont aussi responsables de la baisse générale des ventes.
Reste que l’embouteillage de trois SUV (Duster, Bigster, Striker) et la déclinaison d’une auto en plusieurs versions (break, coupé, etc) ne permet plus d’appâter de nouveaux clients (son but initial), mais simplement de conserver ceux que l’on avait acquis, en les détournant de l’un des modèles. Lorsque Duster tousse, c’est Dacia qui trinque.


















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