Bienvenue au salon de l’auto 1984
Des 205 T16 électrifiées aux R5 réinventées, l’industrie automobile de 2026 semble coincée dans une boucle temporelle. Alors que le Mondial d’antan faisait rêver d’avenir, l’édition actuelle mise tout sur le doudou marketing des eighties. Plongée dans un salon en plein mirage régressif, à travers le regard d’un quinqua déboussolé.

Laurent a déjà dix ans et, ce matin du 4 octobre, il trépigne aux côtés de son père. Pensez donc, le salon de l’auto 84 va ouvrir ses portes dans un quart d’heure et il est devant les grilles fermées comme les milliers de visiteurs matinaux du premier jour.
Faut dire que c’est un grand cru cette année. Peugeot va dévoiler la version 3 portes de sa 205 et Renault présente non seulement sa Supercinq mais aussi un truc bizarre, une espèce de soucoupe volante, un salon roulant : ils appellent ça l’Espace.
Plus d’1 million de visiteurs
Bien sûr, il y a la foule sur le stand du losange. Mais le monospace, puisque Renault l’appelle comme ça, n’attire pas tant de monde. Plus tard, peut-être. En revanche, chez le rival Peugeot, les gens se pressent autour de la 205. D’autant plus que la GTI est là, devant les yeux de Laurent. Il l’avait vu, mais dans les magazines seulement.
Elle avait été dévoilée 6 mois plus tôt au salon de Genève et son père avait refusé de l’y emmener. Pourtant, il lui avait promis de passer moins de temps sur le minitel et d’arrêter de dialoguer avec ses copains via la messagerie électronique. Rien n’y a fait. Il était même prêt à revendre son walkman Sony pour couvrir une partie des frais. Mais même à 3,90 francs le litre de gazole, il en fallait plus pour que la Peugeot 305 GLD rallie Genève.
Quatre décennies plus tard, Laurent fête ses 52 ans. Il roule en Peugeot d’occasion, un 3008 Puretech 130 ch. Il est passé au travers des gouttes de la catastrophe et sa chaîne de distribution a résisté par miracle. Dans la famille, on est des fidèles du Lion de père en fils, mais c’en est trop pour lui : son SUV ne vaut plus rien et il compte bien la laisser en reprise pour s’offrir une auto neuve. Mais pas une Peugeot. Il ne sait pas quelle marque choisir.

Alors ce 13 octobre 2026 au matin, il est devant les mêmes grilles qu’il y a 42 ans. Il y a moins de monde. Il faut dire que lors de sa dernière visite, celle de ses 10 ans, le salon a accueilli plus d’1 million de personnes. Il y a moins de surface aussi. Le salon est devenu Mondial mais le hall 1 est fermé. cette année Curieux. Alors il se dirige vers le fond de la Porte de Versailles et découvre les nouveautés françaises entre deux stands chinois.
Nouveautés ? Il retrouve la R5 électrique chez Renault et trouve qu’elle ressemble plus à la Supercinq qu’à sa sœur aînée. Plus loin, chez Peugeot, il découvre la 205 de son enfance, en version T16 électrifiée. Chez Fiat, c’est le Multiplay qui tente d’exhumer le Multipla. Chez Renault, l’Espace est devenu E-Space. Certes, ces deux derniers s’éloignent, et c’est heureux, du dessin d’origine.
Quand même. Laurent se retrouve plongé dans son enfance, piégé dans son passé, cadenassé dans ses dix ans. Dommage que son père, aujourd’hui âgé de plus de 80 ans ne soit plus capable d’arpenter les allées. Il aurait cherché, en vain, le concept Peugeot 305-x est ses lignes carrées comme les dessins de voitures réalisés par des enfants qui tirent la langue en s’appliquant.
Mais Laurent se ressaisit. C’est donc ça l’automobile de ce quart de nouveau siècle ? Une photocopie électrifiée du temps d’avant ? Un attrape quinquas et sexas ? Un effet marketing qui ne connaît plus qu’un seul levier, celui de la fibre nostalgique ? Un rappel du temps d’avant le changement climatique, les guerres et les crises ?
Et pourquoi pas une Saxo électrique ?
Alors Laurent se ravise. Si les designers, et surtout leurs patrons n’ont plus d’imagination, s’ils ne sont plus capables d’innover et se contentent d’adapter l’existant, il n’en aura pas plus de goût de l’aventure qu’eux.
L’automobile vit sa période régressive ? Alors lui aussi, mais il n’a pas besoin d’une auto des eighties en version à batterie qui lui sera vendue après-demain. Du coup, il s’est mis en quête d’une Citroën Saxo électrique. Presque youngtimer pour la génération Z (elle est apparue en 1996), la bonne vieille auto conjugue le meilleur des deux mondes : l’électrique écolo avec une batterie de 20 kWh, comme un PHEV d’aujourd’hui, et une autonomie de 00 km.
Il est Parisien et ne roule plus guère. Quant à son 3008 invendable, il compte bien l’offrir à son fils Arthur qui a passé son permis depuis qu’il a fui à la campagne. Les problèmes de chaîne de distribution ? Il ne sait même pas de quoi il s’agit, pas plus qu’il n’a l’intention de visiter le Mondial. C’est, pour lui, un truc de darons ou l’on expose des concept cars pour les darons.


















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération