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Les voitures-radars privatisées, une machine à « faire du chiffre » témoigne un ancien chauffeur

Dans Pratique / Autres actu pratique

Lionel Bret

Sous le sceau de l’anonymat, un ancien chauffeur de véhicule-radar privé, brise l’omerta sur une profession régie par des impératifs de rendement kilométrique. Son récit, dépeint un système où la logique comptable semble primer sur la prévention et la sécurité routière.

Les voitures-radars privatisées, une machine à « faire du chiffre » témoigne un ancien chauffeur
Les voitures radars privées sillonnent incognito les routes françaises pour flasher les excès de vitesse ©Le Télégramme Maxppp

Dominique (le prénom a été changé), ancien conducteur, pour un des opérateurs privés auxquels l’État a délégué la conduite des voitures-radars banalisées du territoire, a choisi de décrire l’envers du décor.

Loin de la sécurité des usagers, sa mission s’apparentait avant tout à une « course au chiffre et au kilométrage », comme il l’a confié à La Ligue de Défense des Conducteurs.

matériel embarqué à bord d'une voiture radar banalisée privée ©Le Parisien Maxppp
matériel embarqué à bord d'une voiture radar banalisée privée ©Le Parisien Maxppp

La sécurité routière, grande oubliée du recrutement

L’ambiguïté du dispositif commence dès l’intégration des salariés. Selon Dominique, la formation ferait l’impasse sur l’essence même de la mission publique. « Pendant mon recrutement, mes formateurs n’ont pas du tout abordé le thème de la sécurité routière », confie-t-il. Il décrit son travail comme « une course au chiffre et au kilométrage » pour flasher le plus grand nombre de conducteurs en excès de vitesse.

La dictature du « 400 kilomètres par jour »

Son quotidien est marqué par une pression constante sur la productivité. Pour Dominique, la pénibilité est double : physique et financière. Les semaines sont rythmées par des changements de rythmes brutaux, passant sans transition d’horaires de matin à des services de nuit avec un impératif kilométrique précis. « On doit rouler 400 kilomètres par jour et boucler entre 4 et 8 parcours. Si l’ensemble des chauffeurs n’arrive pas à assurer 90 % de cet objectif, une prime de 300 euros bruts par mois nous échappe ».

Cette exigence de rendement pousse parfois à l’absurde. En cas d’imprévus (accidents, déviations), les chauffeurs doivent multiplier les allers-retours sur un même tronçon pour combler le déficit de distance, les liaisons entre deux parcours n’étant pas comptabilisées dans le quota quotidien.

Un métier « sans sens » sous tension sociale

À la fatigue s’ajoute un climat de tension permanente. Le caractère furtif de ces véhicules banalisés alimente une hostilité croissante chez certains automobilistes. « Ma voiture a été prise en photo et publiée sur Facebook », raconte l’ancien chauffeur, évoquant des menaces de mort et l’étiquette de « collabo » placardée sur un métier choisi par nécessité économique. « On ne fait pas ça par passion, on essaie de vivre », rappelle-t-il.

Sur le terrain, la Ligue de défense des conducteurs a calculé que ces employés roulent jusqu’à dix heures par jour. Les temps de pause, théoriquement de dix minutes toutes les deux heures, sont jugés dérisoires, d’autant que les chauffeurs ont l’obligation de ne jamais quitter le véhicule des yeux, ce qui les contraint souvent de rester à l’intérieur.

697 000 par voiture chaque année

« De toute façon, dès qu’on pose des questions, ils nous mettent la pression, ils ne veulent pas qu’on s’interroge. Je ne sais même pas si je suis enregistrée quand je conduis », continue Dominique.

En agrégeant les données disponibles, la Ligue de Défense des Conducteurs estime que chaque véhicule-radar (actuellement 60 en circulation) rapporte en moyenne 697 000 euros par an à l’État. Un chiffre qui vient corroborer le sentiment d’une industrialisation du contrôle routier où le sens de la mission s’efface derrière le rendement de l’automate.

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