Quand l’auteur des lignes de la 911 est forcé de quitter Porsche…
Voiture-miracle de Porsche, la 911 a pu notamment compter sur son design réussi pour s’imposer. Butzi Porsche en a été le principal auteur, mais il a été contraint de quitter l’entreprise fondée par son grand-père, sur sur fond de conflits familiaux...

Evidemment, les Allemands stricts et disciplinés, n'est-ce pas ? Saud que ça n’est qu'un bon gros cliché. Chez Porsche, comme partout ailleurs, on n’échappe pas aux querelles de clocher. La famille de Ferdinand a beau être aux manettes, elle se rend vite compte qu’elle ne peut pas faire ce qu’elle veut.

Dès le début des années 50, Ferry Porsche comprend qu’il faut développer un modèle plus étoffé que l’étriquée 356, pour plaire au crucial marché américain. Ferry écoute Max Hoffman, le très efficace importateur de sportives européennes aux USA. Très influent, celui-ci est à l’origine de quelques modèles mythiques comme la Mercedes 300 SL de route, l’Alfa Romeo Giulietta Spider ou encore la BMW 507.

Par son entremise, Porsche rencontre le designer de la splendeur bavaroise, Albrecht von Goertz, et lui demande de plancher sur une future sportive. Pourquoi ? Parce qu'il n'est pas convaincu par les travaux d'Erwin Komenda, auteur des Coccinelle et 356, qui a dessiné une sorte de berline deux portes, plutôt pataude, le projet 530, devenu 695 en grandissant. En 1957, Goertz propose une auto bien plus originale, qui ne convainc pas non plus, et en livre une seconde, affinée. Mais pas assez Porsche, selon Ferry, et officiellement, la collaboration avec von Goertz s'arrête.

Toutefois, le développement continue, et Komenda retient quelques idées de Goertz pour une nouvelle ébauche, qu’Heinrich Klie, auteur des jantes Fuchs, affine un peu. Entre en scène Ferdinand Alexander dit « Butzi », le fils de Ferry. Celui-ci, désireux de le familiariser à tous les aspects du développement d’une voiture, l’a placé au design après lui avoir fait découvrir les moteurs. Butzi est un petit jeune de moins de 25 ans, et Komenda, un vieux de la vieille, ingénieur depuis plus de vingt ans, voit sa promotion d’un mauvais œil. C’est lui le maître de la carrosserie chez Porsche !

Problème, Butzi, assisté de Klie et Schröder, un autre membre de l'équipe, produit des très jolis protos, aux lignes tendues : la future 901 commence à naître. On en est au projet T7. Mais Ferry Porsche estime que sa marque n’est pas la mieux placée pour produire une vraie 4-places, et en 1961, il demande à son fils de retoucher le dessin pour en faire une 2+2, moins fonctionnelle et plus sportive : le projet T8. Butzi s’exécute, et produit un dessin qui séduit son père, après une confrontation avec le T7, où Komenda l'a incité assez vertement à prendre une décision. Ce sera le T8.

On le voit, il est, comme souvent, extrêmement difficile d'attribuer à tel ou tel la paternité du design. Il semble que Butzi soit le principal auteur des lignes de la 911, auxquelles il a intégré les suggestions déterminantes des autres designers, dont notamment Klie. Butzi s’entend bien avec ses collègues, qu’il connaît depuis longtemps, et n’aucun souci à prendre en compte leurs idées. Ou est-ce, comme certains le suggèrent, parce que ses compétences sont limitées ? Quoi qu’il en soit, il reste à adapter sa vision la production. Komenda en est chargé, mais ce faisant, il modifie beaucoup le projet de Butzi, car il veut appliquer ses propres idées, contre l’avis de Ferry.

Le conflit est latent, et pour s’en sortir, Ferry confie le développement final du projet au carrossier Reutter, ce que Komenda prend très mal. Finalement, le fier Erwin ravale sa colère et la 901 va à son terme sans trop de chichis. Mais la nomination de Butzi à la tête du bureau de design de Porsche en 1962 ulcère Komenda. S’ensuivent des rapports très tendus avec Butzi, qui parviendra tout de même à tracer les lignes de la très belle 904 et de la 911 Targa.

Les conflits internes s’aggravent à cause d’un autre Ferdinand, Piëch celui-ci, fils de Louise Piëch, sœur de Ferry. Il est très fier du succès de la 917 qu'il a largement conçue, et n'en fait qu'à sa tête. La situation devient à ce point ingérable, que Ferry Porsche décide en 1972 que plus aucun membre de la famille ne sera opérationnel dans l’entreprise. Il se place lui-même à la tête du conseil de surveillance mais confie les clés du directoire à une personnalité extérieure et indique la sortie à Ferdinand Piëch ainsi qu'à Butzi.

Ce dernier fonde alors, en 1972, Porsche Design, qui, connaissant un grand succès de par la qualité de ses créations, sera intégrée à la maison-mère en 2005. De son côté, Komenda décède en 1966, encore jeune puisqu’il n’a que 62 ans.
Sa famille, en particulier Ingrid Steineck, sa petite-fille, extrêmement attachée à faire reconnaître l’importance qu’il a eue chez Porsche, intente deux procès, en 2018 et en 2022, pour que la 356 et la 911 soient reconnues comme ses œuvres, et ainsi toucher des droits d’auteur… Cela a-t-il influé dans la décision du constructeur à créer la série limitée GT3 F.A Porsche célébrant le talent de Butzi, présenté comme le créateur de la 911 ?


















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