TCE vs Puretech : Pourquoi Renault s’en sort mieux que Peugeot ?
Il aura fallu treize ans pour que la direction de Peugeot présente ses excuses à ses clients. Cet aveu tardif est-il suffisant pour éteindre l’incendie ? En parallèle, se pose une autre question : pourquoi l’affaire du Puretech ternit-elle plus l’image de Stellantis que celle du moteur TCE ne l’avait fait pour Renault à son époque ?

Dans la tradition japonaise, on appelle ça la dogeza. C’est un geste aussi humble qu’ancestral qui consiste, pour celui qui l’accomplit, à s’agenouiller sur le sol, à poser les mains à terre et à baisser la tête le plus bas possible. L’idée derrière cette spectaculaire attention consiste évidemment à demander pardon après une faute grave. Évidemment, Alain Favey n’a pas fait de dogeza.
Mais le directeur de la marque Peugeot a fini par reconnaître, dans l’interview qu’il a accordée au Parisien que « nous avons donné l’impression de jouer la montre, ou de nier les problèmes. Certains ont eu le sentiment d’être laissés seuls. »
Plus d’une décennie de déni
Une impression très largement confirmée par les milliers de propriétaires de moteurs Puretech, et les centaines qui se sont ralliés au cabinet d’avocats Leguevaques qui a porté l’affaire en justice. Et le boss de Peugeot, en poste depuis un peu plus d’un an, d’envoyer une lettre ouverte pour expliquer aux mécontents, et à tous ceux qui se méfient et n’achètent pas de Peugeot, tout ce que la marque a fait ces dernières années pour les sortir, et se sortir lui-même de ce bourbier.
Soit. Peugeot fait son mea-culpa. Mais n’est-il pas trop tard ? Et quid d’Opel, de Citroën, de Fiat et de Jeep et de toutes les marques encombrées, depuis plus ou moins longtemps, par les ratés du Puretech ?

Nous sommes en 2026, et le trois cylindres facétieux a été introduit sur le marché en 2013. Treize ans pour réagir, treize ans d’atermoiements, de rappels plus ou moins importants, de fins de non-recevoir, d’indemnisations au compte-goutte, c’est long, très long. Une décennie qui ressemble à un grand déni.
Mais que faire, lorsque l’on est un grand industriel à qui une telle catastrophe arrive sur le coin du pare-chocs ? Prenons l’exemple du concurrent de toujours : Renault. Chez le losange, les moteurs farceurs qui cassent avant l’heure, on connaît.
Souvenons-nous du fameux bloc diesel 1.9 DCI en version 120 ch. Il équipait notamment la Laguna 2 et le Scenic 2. Sa mauvaise image, ultra-justifiée, a coûté à Renault la carrière de cette fameuse Laguna pourtant née pour avoir un gros succès. Elle a aussi conduit au flop de la version suivante de la même Laguna, sans aucune raison objective, mais dont personne ne voulait à la seule évocation de son nom.
C’est toujours Renault qui, après s’être traîné longtemps cette histoire du début des années 2000, et s’être refait une santé de fiabilité, se trouve aux prises avec un autre souci, presque aussi sérieux que l’affaire du Puretech : le moteur TCE, produit à la même époque que le bloc de la maison qui n’était encore que PSA. Avec là encore, des milliers de mécaniques cassées et des plaintes en justice.

Pour autant, le losange n’a pas subi le même préjudice d’image que Stellantis. Certes, l’affaire du TCE était rebaptisée Motorgate, mais pour autant, hormis les clients lésés, peu de gens ont eu connaissance du problème. Contrairement au Puretech – puretoch. Aujourd’hui tout le monde ou presque est au courant de cette avarie majeure. Et l’on se souvient de ce client, propriétaire de plusieurs autos défectueuses, se présentant sur stand du lion déguisé en vache. Son image, et son visage ont fait le tour du web.
Mais pourquoi ce décalage de retombées entre les deux affaires ? La différence d’image renvoyée par les deux dirigeants de l’époque n’est pas en cause. Car elle est aussi mauvaise chez Peugeot que chez Renault. Carlos Tavares, au nom du premier, s’octroie 23 millions d’euros de revenus annuels et laisse en plan des clients qui ont perdu leur 208, quand Carlos Ghosn, le second affichait plus de 16 millions par an. De quoi passablement énerver un propriétaire de Captur au TCE défectueux et qui vient de voir signifier une fin de non-recevoir à sa demande d’indemnisation.
Une lutte des classes par moteurs interposés
Sauf que les ventes de Renault n’ont pas durablement souffert de cet accident industriel, alors qu’elles ont fait plonger celles de Stellantis. Parce que l’époque a changé. Parce qu’aujourd’hui la crispation générale de la société est beaucoup plus importante qu’en 2015, parce que les lésés en veulent plus qu’avant à ceux qui leur ont fait subir une injustice. Une sorte de lutte des classes par moteur interposé.
Alors Alain Favey a raison de faire sa dogeza, car même si elle arrive tardivement, elle est préférable à une autre tradition japonaise qu’il souhaite éviter à son groupe : le hara-kiri.

















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