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"Le frère tue son frère" : quand les papes poussaient de vrais coups de gueule contre les automobilistes

Des premières réticences de Pie X à l’électrification du parc pontifical par François, la papauté entretient depuis plus d’un siècle une relation singulière avec l’automobile, au-delà des Papamobile. Entre passion discrète pour la mécanique, appels à la prudence routière et conscience écologique, retour sur plus de cent ans de discours sacrés adressés aux conducteurs à l’occasion de la visite de Leon XIV dans l’hexagone.

"Le frère tue son frère" : quand les papes poussaient de vrais coups de gueule contre les automobilistes
Non, le pape Leon XIV n'est pas arrivé à Paris en Ferrari Luce. Mais Leon XIV s'exprimera t-il sur l'automobile au cours de son séjour français ou durant le temps de son pontificat ?

Le souverain pontife se doit d’être détaché des biens matériels. Mais l’automobile ayant depuis toujours soulevé d’autres questions que celles qui touchent à la mécanique, nombre de descendants de Saint-Pierre sont exprimés sur la question.

Certes, on ignore si Leon XIV, lors de ses quelques journées françaises, va s’exprimer sur l’automobile, les embouteillages parisiens ou les terres rares. En revanche, ses prédécesseurs ne s’en sont pas privés et ce, depuis plus d’un siècle.

« Le frère tue son frère sur les routes »

Si Pie X a reçu une Italia en cadeau de la part de l’archevêché de New York, il a refusé de l’utiliser. La jugeant trop bruyante, il lui a préféré sa bonne vieille calèche. Ses successeurs se sont faits au moteur à explosion, sans s’exprimer sur le sujet pour autant, même si Pie XI, élu de 1922 à 1939 avouait un amour assez profane pour la bella meccanica, puisqu’Achille Ratti de son nom civil, était Italien.

Mais c’est l’après-guerre, et le développement exponentiel de l’automobile du moment, qui va pousser la papauté à s’en mêler. En 1956, Pie XII reçoit carrément les membres de l’Automobile Club de Rome au Vatican. Et devant ce parterre de fans, il tient un discours moral. « Un conducteur ne doit pas considérer la route comme son territoire personnel. Il doit penser au piéton, à celui qui arrive en face, à celui qui roule moins vite. La puissance mécanique, rappelle en substance le pape, n’a de valeur que si elle reste sous le contrôle de la volonté humaine. »

En décembre 2024, Mercedes présentait au pape François cette papamobile sur base de Classe G électrique.
En décembre 2024, Mercedes présentait au pape François cette papamobile sur base de Classe G électrique.

Son successeur Jean XXIII enfonce le clou. Dans un discours consacré à la sécurité routière, il évoque des trajets en voiture qui, parfois, se transforment « en tragédie de mort et de larmes ». On est en 1959, et, rien qu’en France, plus de 8 000 personnes se tuent chaque année sur les routes, alors que le pays ne compte qu’à peine plus de 5 millions de voitures. Aujourd’hui, on en compte 40 millions, et on ne déplore « que » 3 500 décès.

Alors, après la mort de Jean XXIII, lorsque Paul VI accède au Pontificat, il convoque encore une fois l’Automobile Club en 1972. Et il ne mâche pas ses mots : « Le frère tue son frère sur les routes ». Pas moins. Le pape continue et fustige encore « le mépris ostentatoire des lois, la bravade, l’immaturité morale et psychologique de certains automobilistes, ainsi que le fait de considérer trop légèrement le don inestimable de l’existence ».

Le Vatican s’électrise

Pour autant, il considère l’automobile comme un progrès pour l’homme. Le temps passant, la sécurité routière se développant et le nombre de morts diminuant sur les routes, les papes qui lui ont succédé se sont moins exprimés sur le sujet. Jusqu’à ce que la pollution s’invite au débat.
C’est le pape François qui va reprendre le flambeau dès 2015 dans son encyclique baptisée Laudato si.

Plutôt au fait de l’actualité (on est au moment du Dieselgate), Jorge Mario Bergoglio demande que « les combustibles fossiles soient progressivement remplacés ». Et il va s’en charger en électrisant progressivement le parc auto du Vatican à partir de 2023. Une initiative qui n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd à Stuttgart puisque Mercedes lui offrira un Classe G aussi immaculé qu’électrique. Leon XIV utilise d’ailleurs toujours le même équipage au cours de ses déplacements.

On le voit, si les voies du seigneur sont impénétrables, les voies routières ne sont pas ignorées du Saint-Siège et chacun de ses locataires, ou presque, depuis l’invention de l’automobile, a tenu à se mêler de ses évolutions.

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