Mazda repousse de plusieurs années son offensive sur électrique, une décision radicale et osée
À contre-pied de l’industrie automobile mondiale engagée dans une course effrénée vers le « zéro émission », Mazda choisit de lever le pied. Le constructeur de Hiroshima annonce repousser de deux ans le lancement de sa première plateforme électrique native.

Reculer pour mieux sauter ? Prévu pour 2027, Mazda reporte à 2029 le lancement du premier modèles 100 % électrique basé sur sa plateforme maison Skyactiv-EV, rapportent plusieurs quotidiens japonais (Nikkei et Nikkan Jidosha). Une information non démentie par le constructeur.
Ce décalage stratégique pose question. Mazda est-il en train de s’isoler ou prend-il le temps de peaufiner une technologie maison disruptive à même de se positionner aux avants postes du BEV mondial ?
Un repli dicté par le chaos réglementaire
Le constructeur japonais ne navigue pas à vue. Il réagit à aux récents ajustements politique et réglementaire internationaux.
Aux États-Unis, la suppression des crédits d’impôt fédéraux et la levée des pénalités sur les émissions ont brisé l’élan des véhicules électriques (VE). En Europe, la révision de l’interdiction du thermique au-delà de 2035 modifie également la donne et brouille un peu plus la lisibilité de la trajectoire de décarbonation.
Dans ce contexte, investir des milliards dans une technologie dont la rentabilité s’évapore à court terme devient un risque que Mazda refuse pour l'heure de prendre seul.
Le traumatisme du MX-30
La prudence de Mazda se nourrit d’une amère expérience. Son incursion 100 % électrique, avec le MX-30, a été un four mondial. Le positionnement flou du modèle et son autonomie très limitée (batterie de 35,5 kWh, 200 km d’autonomie WLTP) ont précipité son échec commercial. Aux Etats-Unis, la MX-30 a été retirée du marché deux ans à peine après sa commercialisation.
À l’opposé, la marque n’a jamais été aussi forte commercialement grâce à ses moteurs à combustion et hybrides, particulièrement aux USA. Pourquoi, dans ce contexte, sacrifier une machine à cash pour une transition incertaine ?
La stratégie de la « discipline industrielle »
Mazda n’a pas les reins aussi solides que BYD, Geely, Volkswagen ou Toyota. Sa survie dépend de sa capacité à ne pas gaspiller ses ressources. Pour l’instant, la marque « occupe le terrain » électrique avec les modèles 6e ou CX-6e,mais ceux-ci reposent sur des technologies partenaires chinoises.
Si le design de ces modèles reste fidèle à l’identité de la marque, leur architecture technique repose sur la technologie du partenaire chinois Changan. Plateforme, chaîne de traction et logiciels proviennent largement de cette collaboration, Mazda a fait le choix d’externaliser le cœur technologique afin de contenir les coûts et de réduire les risques industriels. Bien que commercialisés sous le badge Mazda, ces voitures ne constituent pas encore le « véritable » véhicule électrique conçu et développé intégralement par la marque.
Des ambitions revues à la baisse
Le CEO de Mazda, Masahiro Moro, a par ailleurs confié à Automotive News revoir à la baisse les ambitions de sa marque sur l’électrique. Les VE représenteraient « moins de 25 % des ventes mondiales en 2030, contre 25 % à 40 % » initialement envisagés. Une révision qui reflète autant le réalisme que la prudence.
Le report à 2029 reflète autant le réalisme que la prudence. Pour Mazda, il est temps de se donner du temps afin de développer une plateforme de pointe réellement compétitive.
Une offre disruptive ?
La marque « continue de faire progresser le développement technologique de ses BEV propriétaires (…) et déterminera le calendrier de leur lancement en évaluant attentivement les tendances réglementaires de chaque pays et l’évolution des besoins des clients », affirme un porte-parole de Mazda à Automotive News .
L’idée est d’éviter les erreurs de pionniers qui parfois lancés trop tôt sur le VE y ont laissé des plumes. Mais le constructeur japonais joue gros.
Le risque est de voir son image de marque s’étioler face à des rivaux déjà solidement installés. Si la plateforme de 2029 n’apporte pas le supplément technologique attendu, le réveil pourrait être brutal.
















Déposer un commentaire
Alerte de modération
Les données que vous renseignez dans ce formulaire sont traitées par GROUPE LA CENTRALE en qualité de responsable de traitement.
Les données obligatoires sont celles signalées par un astérisque dans ce formulaire.
Ces données sont utilisées à des fins de :
Vous disposez d’un droit d’accès, de rectification, d’effacement de ces données, d’un droit de limitation du traitement, d’un droit d’opposition, du droit à la portabilité de vos données et du droit d’introduite une réclamation auprès d’une autorité de contrôle (en France, la CNIL).
Pour en savoir plus sur le traitement de vos données : Politique de confidentialité
Alerte de modération