Prêt Flash Carburant : la colère des « petits » oubliés de l’aide publique
Lancé pour soulager la trésorerie des entreprises étranglées par les prix de l’énergie, le Prêt Flash Carburant du gouvernement laisse sur le bas-côté des pans entiers de l’économie de proximité. Entre critères d’éligibilité drastiques et scoring bancaire inflexible, auto-écoles, artisans et soignants libéraux dénoncent une aide hors-sol.

Le Prêt Flash Carburant *, conçu pour injecter des liquidités en quarante-huit heures dans les entreprises dont le poste « carburant » pèse sur la rentabilité, se heurte à un mur de réalité.
Des professionnels de proximité, gros rouleurs qui passent pourtant leurs journées sur les routes — se voit systématiquement exclus du dispositif.
Des critères sous la critique
Le prêt est strictement réservé aux trois secteurs : le Transport, l’agriculture et la Pêche. Par ailleurs, pour être éligible, chaque structure doit une TPE ou PME, avoir été créée il y a plus d’un an (historique comptable d’au moins 12 mois requis), ne pas faire l’objet d’une procédure collective (redressement ou liquidation), les dépenses en carburant doivent représenter au moins 5 % de son chiffre d’affaires. Et enfin la société doit disposer d’un expert-comptable (obligatoire pour valider la demande).
C’est ici que le bât blesse pour les auto-écoles, les artisans ou les infirmiers libéraux. Bien qu’ils consomment beaucoup de carburant, ces acteurs ne font pas partie des secteurs prioritaires retenus par Bpifrance.
Le mépris des algorithmes
« On nous parle de résilience, mais on nous refuse l’accès au crédit sous prétexte que nos marges sont trop faibles. C’est le serpent qui se mord la queue : nos marges chutent à cause du prix du plein, et c’est cette même chute qui nous rend inéligibles au prêt », s’insurge un représentant de l’UNIC (Union Nationale des Indépendants de la Conduite).
« Cette solution ne répond pas à nos problématiques », explique Marc Sanchez secrétaire général du SDI (Syndicat des Indépendants et TPE) qui regrette que les métiers de proximité (boulangers, infirmiers, restaurateurs…) ne soient pas compris. Et de pester contre un dispositif (prêt à 3,80 %) qui vise à « s’endetter pour payer l’énergie. Avec la crainte à terme que cela ne se traduise par « une dette supplémentaire pour les entreprises sans avoir de « visibilité sur ce que deviendra le prix du baril au moment ou elles devront rembourser ces prêts ».
La rigidité du système est également pointée du doigt. Le dispositif repose sur une analyse automatisée (Open Banking) qui scanne les flux bancaires des trois derniers mois pour décider de l’octroi du prêt en 48 heures. Une simple baisse de cotation liée à un retard de paiement suffit à bloquer le dossier en quelques secondes, sans aucun recours humain possible.
« Nous sommes face à des algorithmes qui ne comprennent pas la saisonnalité de nos métiers », déplore-t-on à l’U2P (Union des entreprises de proximité). « Un menuisier qui doit faire 100 kilomètres par jour pour ses chantiers ne peut pas attendre que son bilan comptable soit parfait pour faire le plein. »
Les professions libérales les angles morts de l’État
Les infirmiers et kinésithérapeutes libéraux, dont les tournées sont indispensables en zone rurale, se sentent, eux aussi, exclus de la solidarité nationale. Contrairement aux entreprises classiques, ils ne peuvent pas répercuter la hausse du carburant sur leurs tarifs, qui sont conventionnés.
L’UNAPL (Union Nationale des Professions Libérales) dénonce un dispositif « calibré pour la PME industrielle, mais aveugle au quotidien des libéraux ». Pour beaucoup, le Prêt Flash Carburant n’est qu’un mirage, un outil de communication politique déconnecté de la structure financière de ceux qui font le dernier kilomètre.
Le poids de la dette publique
La situation des finances publiques interroge également quant aux marges de manœuvre dont disposent les pouvoirs publics pour venir en aide aux entreprises.
Alors que l’Allemagne, la Pologne ou encore L’Espagne ont décidé de baisser les taxes sur les carburants, en France « Nous n’avons pas les moyens d’amortir les crises et de faire face dans un pays qui est déjà surendetté et surfiscalisé », a affirmé sur BFMTV Gérard Larcher. Et d’ajouter que « cette réalité-là, elle ne donne pas au gouvernement d’autres marges de manœuvre que de faire ce qu’il est possible de faire en direction de certaines catégories ».
* Le Prêt Flash Carburant
Dans un contexte de hausse marquée des prix des carburants, le prêt Flash Carburant a été mis en place le 13 avril. Ce dispositif a pour objectif de soutenir rapidement la trésorerie des petites entreprises les plus exposées à cette augmentation des coûts dans les secteurs des transports, de l’agriculture et de la pêche. Le but est de permettre aux entreprises éligibles d’emprunter simplement depuis une plateforme en ligne.
- Montant du prêt entre 5 000 € et 50 000 €
- Durée de 36 mois, incluant un différé de remboursement du capital de 12 mois
- Taux d’intérêt de 3,8 %
- Mise à disposition des fonds sous sept jours en moyenne
- Aucune garantie demandée à l’emprunteur


















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