Quand Renault et Volkswagen s’en vont en guerre
Et si le salut des usines automobiles passait par les budgets de la Défense ? Alors que Renault met son expertise R&D au service de nouveaux engins de combat, Volkswagen discute avec un géant de l’armement pour reconvertir son usine d’Osnabrück.

Le coup de gueule poussé par Emmanuel Macron semble avoir porté ses fruits. Au mois de janvier dernier, lors de ses vœux aux armées, le président de la République a fustigé les lenteurs de l’industrie de l’armement française, allant jusqu’à menacer les entreprises hexagonales de les zapper, en poussant les armées à passer leurs commandes à celles d’autres pays européens.
Le message est passé et les entreprises de l’armement de tenter de palier à leur point faible : la lenteur de leur R&D qui a suscité l’ire de l’exécutif. Alors, pour accélérer, ces industriels, mais aussi le ministère de l’Armée ont contacté celui qui, depuis quelque temps s’est taillé une belle réputation d’accélérateur de développement : Renault.
De la Twingo au drone
Est-ce grâce à la nouvelle Twingo, dont la mise au point n’a réclamé que deux ans, contre trois auparavant pour les autres modèles, et comme c’est le cas pour la plupart des marques européennes ? Toujours est-il que ce rapprochement entre la défense et le losange, annoncé par notre confrère l’Usine nouvelle, vient d’être confirmé par le constructeur.
Mais les temps de développement de la petite citadine, qui a été conçue dans un labo du Losange à Shanghai, semblent encore plus courts en ce qui concerne la nouvelle création : un drone militaire terrestre qui sera présenté dès le mois de juin prochain au salon spécialisé Eurosatory au parc des expos de Paris Nord.
Difficile d’imaginer qu’en 6 mois seulement, Renault, même acoquiné avec l’industriel franco belge de l’armement John Cockerill, mette au point un tel engin. L’affaire, et la R&D de ce drone de reconnaissance destiné aux champs de bataille est évidemment antérieure à l’annonce officielle du partenariat entre les deux entreprises.
D’ailleurs Renault l’avoue : « Nos équipes de R&D travaillent sur différents projets dans le secteur de la défense », dont cet engin, gros comme une petite voiture, et capable de détecter l’ennemi et ses mouvements jusque dans le camp averse. En plus, le losange recherche, à chaque développement de ce type, des applications civiles et ce genre de drone pourrait trouver sa place sur des chantiers de BTP ou dans toute action difficile à réaliser pour un être humain.

Le groupe franco-belge John Cokerill et Renault ne sont d’ailleurs pas vraiment étrangers l’un à l’autre, puisque l’industriel de l’armement dispose d’une filiale dénommée Aquus qui, depuis des années développe des véhicules ur des bases Renault plus ou moins légers qu’elle met à la disposition des militaires, comme le Sherpa 5. Cette nouvelle collaboration se déroule donc en terrain connu.
Ce n’est pas du tout le cas du groupe Volkswagen, qui lui aussi endosse l’uniforme ces temps-ci. Et son patron, Oliver Blume le reconnaît dans la presse allemande : "nous n’avons pas été actifs pendant des décennies dans l’armement et nous avons un important retard à rattraper ». Et il dispose justement d’une usine, à Osnabrûck, en Basse-Saxe, dont il ne sait trop que faire.
Cette unité de production et surtout ses 2 300 salariés fabriquent actuellement le T-Roc cabriolet mais, après 2027, et l’arrêt programmé du modèle, elle n’a plus la moindre auto à assembler sur ses chaînes.
Alors pourquoi pas du matériel militaire ? VW s’en défend, et pour lui, pas question de fabriquer des armes, mais plutôt du matériel roulant, comme Renault. Mais qu’est-ce qu’Osnabrûck pourrait bien produire ? Selon le Financial Times, Volkswagen serait en cheville avec la société Rafael Advanced Defence Systems, un important consorsium israélien qui emploie 9 000 personnes.
Quand le militaire donne un peu d’air
C’est cette entreprise, la 31e au monde en matière d’armement, qui a conçu le fameux dôme de fer censé défendre Israël contre les attaques de missiles et de drones. Que VW peut-il bien faire dans un tel dispositif ? Concevoir les camions porte missiles de défense, évidemment, mais aussi des véhicules transportant les générateurs électriques nécessaires.
Volkswagen n’a pas démenti les affirmations du FT, et se contente d’affirmer « qu’à ce jour, aucune décision ni conclusion définitive n’avait été prise concernant l’avenir du site ».
Reste qu’à ce jour aussi, le groupe allemand est confronté à d’énormes difficultés financières et un coup de pouce militaire n’est pas pour lui déplaire. De son côté, Renault, plus petit, est en meilleure santé mais craint l’avenir et ne voit pas d’un mauvais œil une diversification, même kaki.


















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