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Crise chez Volkswagen : fermeture des usines reportée mais suppression de 15 % des effectifs validée

Dans Economie / Politique / Social

Michel Holtz

Au terme d’un conseil de surveillance crucial le 3 septembre, la direction de Volkswagen et les syndicats ont trouvé un accord sur le « plan d’avenir 2030 ». Si le groupe accorde un sursis aux quatre usines allemandes menacées, le couperet tombe sur l’emploi : 50 000 suppressions de postes supplémentaires viennent d’être validées, portant le total à 100 000 départs.

Crise chez Volkswagen : fermeture des usines reportée mais suppression de 15 % des effectifs validée
Le siège du groupe Volkswagen à Wolfsburg. Photo MaxPPP.

C’est une drôle de paix des braves qui a été signée à Wolfsburg au soir de ce 3 septembre. Le conseil de surveillance, auquel participent la direction de Volkswagen mais aussi les représentants syndicaux du groupe, a en effet approuvé, à l’unanimité, la suppression de 50 000 postes supplémentaires. Ces suppressions viennent en plus des 50 000 déjà annoncés, et approuvés l’an passé.

Les réticences et la peur des salariés, comme des politiques du land de Basse-Saxe, sont donc levées et le « plan d’avenir 2030 », comme est curieusement baptisée la feuille de route du patron du groupe Olivier Blume peut se mettre en place.

Toutes les marques sont touchées

Ce sont donc 15 % des effectifs de 160 000 personnes qui quitteront l’entreprise d’ici 2030, dont la moitié en Allemagne. Aucune marque n’échappera à la restructuration, et d’Audi à Porsche en passant par Skoda. Quant à Seat, elle pourrait tout simplement disparaître. Les autres seront mises à contribution en ce qui concerne les réductions de personnel, comme la division par deux de la gamme d’ici 2035.

Mais comment la direction de VW a-t-elle finalement obtenu gain de cause pour son plan draconien alors que les réticences étaient grandes, tant du côté du gouvernement régional (actionnaire à hauteur de 20 % du groupe) que du côté d’IG Metall, l’incontournable syndicat ?

En fait, le board n’a pas totalement reculé, mais a réussi à gagner du temps sur le sujet qui crispait le plus ses interlocuteurs : la fermeture de quatre usines en Allemagne. Oliver Blume, le patron du groupe, laisse planer depuis plusieurs mois cette menace concernant les sites d’Emden, de Zwickau, de Hanovre et de Neckarsulm. Mais au final, la décision les concernant, si elle n’est pas abandonnée, est au moins reportée.

La direction a expliqué, au sortir de la réunion du 3 septembre, qu’elle examinait « des possibilités d’utilisation alternatives », des sites en question. En d’autres termes, elle a reculé sur ce point et surtout, reporté cette décision couperet à l’été 2027, moment où elle dévoilera la nouvelle organisation industrielle pour ses usines européennes.

« Unser leben gestalten wir » (c’est nous qui façonnons notre vie) sur le t-shirt d’un salarié de l’usine VW de Zwickau. Photo : MaxPPP.
« Unser leben gestalten wir » (c’est nous qui façonnons notre vie) sur le t-shirt d’un salarié de l’usine VW de Zwickau. Photo : MaxPPP.

Tout le monde s’est donc dit, officiellement du moins, satisfait de l’accord présent. À commencer par Christiane Benner, vice-présidente du conseil de surveillance et présidente du syndicat IG Metall qui a affirmé, à l’issue de la réunion, que son syndicat avait « lutté avec acharnement pour obtenir de bonnes solutions dans cette situation de crise ».

Même son de cloche du côté de Daniela Cavallo, présidente du comité d’entreprise du groupe, qui a salué un projet élaboré « sans que des mesures ne soient prises au détriment des salariés ». Du moins ceux qui ne sont pas concernés par la charrette.

En tout cas, tous et toutes ont pris acte des chiffres dévoilés par la direction : la surcapacité annuelle de production de 500 000 véhicules en Europe, mais aussi les parts du marché chinoises qui, déjà très faibles et s’établissant à 10,5 % en début d’année, sont tombées à 8,6 % en juillet.

Blume s’est tout de même voulu optimiste en prévoyant et promettant une marge opérationnelle de 9 % pour son groupe, alors qu’elle n’était que de 3 % l’an passé. Dans la foulée, il a annoncé 135 milliards d’euros d’investissement dans la production et la R&D entre 2027 et 2031. De quoi tempérer quelque peu les inquiétudes.

Des conséquences politiques ?

Est-ce pour autant une issue heureuse à la profonde crise qui touche l’industrie auto outre-Rhin ? Pour Ferdinand Dudenhöffer, économiste et expert de l’automobile allemand, « il s’agit d’un cessez-le-feu plutôt que d’une paix durable ». Mais l’universitaire, interrogé par l’AFP, de reconnaître que cette issue provisoire est « un meilleur compromis que les discussions publiques douloureuses des 24 derniers mois ».

Reste que cette paix des braves ne fait pas l’affaire de tous. Très impopulaire ces temps-ci, Friedrich Merz, le chancelier fédéral, redoute plus que tout l’effet que l’affaire Volkswagen et ses suppressions d’emplois peuvent produire sur les électeurs du Land de Saxe-Anhalt appelés à s’exprimer ce 6 septembre. L’issue du scrutin pourrait voir l’extrême-droite de l’AFD devenir majoritaire et gouverner la région. Une première depuis la deuxième guerre mondiale.

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