Flambée des prix du carburant : les Français passent au plan B
Face à un budget carburant qui explose, les automobilistes s’organisent pour préserver leur pouvoir d’achat. Entre renoncement aux trajets non essentiels, envolée de l’électrique et du bioéthanol E85, ou encore recours massif au covoiturage, au stop et aux TER, tour d’horizon des alternatives plébiscitées pour réduire la facture à la pompe.

Raymond Devos dans l’un de ses sketchs, expliquait qu’il n’avait cure des hausses de carburant (on était en pleine crise pétrolière de 1973) : « je mets toujours 50 francs d’essence, pour moi ça ne change rien ». Un peu dépité, son interlocuteur lui rétorque, « mais tu vas de moins en moins loin ». Le comique ne se démonte pas et lui répond « je vais ou je veux ».
Moins surréalistes que le génial Devos, les Français s’adaptent comme ils le peuvent à la situation, car la crise, "risque de durer," comme l'a affirmé Roland Lescuren le ministre de l'économie lors de sa conférence de presse du 11 septembre . Avec un prix moyen du gazole (le carburant qui reste le plus consommé) à 2,30 euros en moyenne, on est très loin du tarif jugé acceptable par les usagers, fixé à 1,84 euro, selon un sondage Elabe-BFMTV.
On roule moins
Alors qu’elles sont les alternatives déployées par nos concitoyens pour tenter de limiter les dégâts que ces hausses produisent sur leur budget personnel ? En premier lieu, ils roulent moins qu’avant le mois de mars. Selon une enquête BVA publiée lc 10 septembre, 58 % des Français déclarent avoir déjà renoncé à au moins un déplacement à cause du prix du carburant, dont 40 % avouent avoir jeté l’éponge plusieurs fois.
On en revient donc aux déplacements essentiels, en dehors de la période des vacances, durant laquelle Vinci Autoroute n’a vu son trafic baisser que de 1,9 % au mois de juillet. Mais pour leurs trajets quotidiens, les automobilistes appliquent des plans B.
Ainsi, puisqu’ils ne peuvent, pour une grande partie de la population, se passer de voiture, ils optent d’une part pour l’électrique, pour le Super éthanol, voir le covoiturage, ou même l’autostop.
On roule électrique
On le sait, les ventes de voitures électriques ont explosé depuis le début de la crise. Au mois d’août, elles ont représenté 38 % des ventes d’autos neuves, un chiffre qui culmine même à 44 % si l’on y ajoute le PHEV. Pour Fabien Neuvy, directeur de l’Observatoire Cetelem, depuis le début du conflit, « on a gagné un an et demi dans la transition vers l’électrique ».

Mais si l’on n’a pas le budget nécessaire pour s’offrir une électrique neuve, ou si l’on n’est pas éligible au leasing social, on est parfois tentés de choisir d’autres options. Comme le passage au superéthanol E85. Seules deux marques proposent des autos neuves adaptées à ce carburant aujourd’hui proposé à 0,88 euro du litre. C’est tentant. Mais si l’on ne dispose pas d’une Ford ou d’un Land Rover récent et équipé, un arrêt au stand chez un spécialiste s’impose.
On roule E85
Selon la collective du bioéthanol qui regroupe les professionnels du secteur, les activités des spécialistes de l’installation de boîtiers flexfuel ont été multipliées par trois depuis mars et depuis le début du mois de septembre c’est l’emballement et les délais se rallongent pour des sommes à investir est toujours comprise entre 700 et 1 400 euros.
Un emballement, et un marché, qui a appâté Leclerc qui vient de signer un accord avec le fabricant de boîtiers Biomotors. Un accord qui casse les prix puisqu’il en coûte 579 euros pour transformer sa voiture dans un centre auto du distributeur.
Mais certains automobilistes qui n’ont pas les moyens suffisants pour s’équiper, ou qui s’imaginent que les prix du carburant vont baisser à court terme, préfèrent en passer par le train ou les autos des autres. Ainsi, la fréquentation des TER est en hausse de 14 % depuis le début de la crise. Quant aux TGV, ils n’ont pas enregistré d’augmentation sensible du nombre de clients, les tarifs des trains à grande vitesse n’étant toujours pas compétitifs si l’on se déplace à plusieurs.
On roule avec la voiture des autres ou on partage la sienne
En revanche, l’auto d’autrui, ou le partage de la sienne, a le vent en poupe. Ainsi, Blablacar a augmenté son nombre d’usagers de 20 % depuis le mois de mars. Le covoiturage « gratuit » de son côté a grimpé quant à lui de 6 %. La gratuité, c’est également ce qui incite à renouer avec une bonne vieille pratique devenue désuète : l’auto-stop.
L’initiative Rezo Pouce a démarré en 2010 dans le Tarn et s’est aujourd’hui déployée sur l’ensemble de l’hexagone. Le système est simple. Il suffit de s’inscrire (avec une pièce d’identité) sur la plateforme et d’entrer en contact avec des automobilistes adhérents. Les lieux de rendez-vous sont indiqués par un petit panneau vert ou figure un pouce levé.
Du bon vieux stop à l’essence plus verte et moins chère en passant par l’abstinence ou le TER, les solutions déployées par les Français sont multiples pour tenter d’enrayer une fatalité qui veut que le carburant représente plus d’un salaire médian mensuel par an pour 4,7 millions de foyers, selon une projection de l’Insee.


















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