Stellantis rompt son dogme multi-énergies et choisit le 100 % électriques pour ses futures petites voitures populaires
Lionel Bret , mis à jour
Le constructeur automobile abandonne sa stratégie multi-énergies. Ses prochaines E-Cars seront exclusivement électriques. En s’appuyant sur l’expertise technologique de son partenaire chinois Leapmotor et sur les incitations politiques européennes, le géant automobile espère ainsi tripler sa part de marché d’ici à 2030.

La fin d’un dogme ? Jusqu’ici Stellantis ne jurait que par la flexibilité. Tous les modèles du groupe devaient être proposés en versions thermiques, hybride ou électrique, afin de s’adapter aux hésitations du marché quant à la transition énergétique.
Mais confronté à la concurrence chinoise et à la baisse du marché du neuf (-3 millions de voitures en Europe vs 2019) devenu inabordables pour les ménages modestes, les constructeurs ont décidé de revoir sa copie pour son entrée de gamme.

Retrouver le marché perdu des voitures abordables
Lors du congrès Automotive News Europe, Emanuele Cappellano, directeur de la région élargie de Stellantis, a officialisé cette rupture stratégique. La prochaine génération de mini-citadines du groupe sera exclusivement à batteries.
Ce programme de rupture baptisé E-Car (European, Electric, Emotion et Environmental friendliness) se veut totalement différent de plateforme STLA One, dédiée aux compactes et aux familiales, qui conservera son approche multi-énergies.
Ce revirement cache un constat amer pour les constructeurs historiques. En Europe, le marché s’est contracté d’environ 3 millions de voitures neuves par rapport à la période précovid. La disparition des modèles populaires abordables a poussé massivement les classes populaires vers l’occasion.
Stellantis, après avoir joué la carte des marges et de la montée en gamme, souhaite renouer avec la voiture abordable à 15 000 €. Et être ainsi le premier constructeur historique à proposer ce type de modèle. L’actuelle Renault Twingo dépasse les 20 000 € et la Leapmotor T03 flirte avec les 18 000 €. En investissant le créneau des petites citadines populaires, Stellantis ambitionne de tripler sa part de marché sur le BEV européen d’ici à 2030.
L’amie nostalgie
Pour séduire la clientèle, le groupe automobile mise sur l’émotion… Et la nostalgie qui réussit bien à Renault. Le plan industriel FaSTLAne 2030 donnera naissance à au moins deux modèles économiques. Une réinterprétation 100 % électrique de la mythique 2 CV et une variante pour Fiat qui pourrait prendre les traits de l’ancienne petite 126.
Ces deux véhicules reprennent la philosophie d’origine. À savoir être sans superflu technologique, tourné vers l'essentiel et accessible financièrement. La 2 Cv devrait ainsi être présentée au prochain Mondial Paris en octobre.
L’ancrage européen
Sur le plan industriel, Stellantis a choisi de produire cette famille E-Car dans l’usine historique italienne de Pomigliano d’Arco près de Naples. Un choix hautement politique qui permet d’apaiser les tensions avec le gouvernement italien et de garantir l’emploi d’un site en sous capacité chronique (135 000 véhicules produits en 2025 pour une capacité de 300 000). Les E-Cars y seront assemblées dès 2028 et y côtoieront la Fiat Panda thermique (Pandina) dont la production est prolongée jusqu’en 2030.
Ce choix ne doit rien au hasard. Le projet apparaît calibré pour répondre aux récentes orientations de la Commission européenne. Pour inciter les constructeurs à relocaliser, Bruxelles met sur la table une proposition permettant d’octroyer des supecrédits d’émission aux constructeurs produisant de petits véhicules électriques (moins de 4,20 m) sur le Vieux Continent.
Apprendre des "alliés" chinois
Pour parvenir à tenir le pari du prix de vente tout en préservant ses marges, le géant aux quatorze marques a dû se résoudre à trouver de l’aide extérieure. « Avec le niveau actuel de guerre des prix, Stellantis ne peut maintenir le niveau d’investissement nécessaire pour faire progresser nos technologies si nous restons isolés », reconnaît Emanuele Cappellano.
"Les modèles E-Car seront équipés de technologies électriques de pointe, développées avec des partenaires sélectionnés afin de renforcer l'accessibilité et d'accélérer la mise sur le marché" explique Stellantis. Tout naturellement Leapmotor, dont Stellantis contrôle la coentreprise internationale, apparît comme le choix incontournable. Cette alliance prévoit déjà des partages d’usines en Espagne et surtout des transferts de technologie. Un partenariat vu par Emanuel Cappellano comme une opportunité d’apprendre "avec humilité" de son partenaire, notamment en ce qui concerne le processus de réduction des coûts que l’industrie chinoise maîtrise aujourd’hui mieux que l’Europe.
Avec ses E-cars 100 % électriques fabriqués en Italie, Stellantis s’assure d’être dans les clous réglementaires européens. Ces "supercrédits" compenseront la moindre rentabilité initiale de voitures à 15 000 €, lui permettant de financer sa transition globale avec l’aide de son allié Leapmotor sans plier face à la concurrence chinoise.


















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